27/2/04 - Vente en Italie d'un important groupe chryséléphantin de Pradier et de Froment-Meurice provenant des collections d'Anatole Demidoff.
Ces dernières années ont vu resurgir un nombre surprenant d'uvres « perdues » de Pradier, telle sa Jeune chasseresse entrée au musée de Quimper en 2002. Voici qu'une autre, et non des moindres, vient de refaire surface en Italie le temps d'une vente aux enchères. La somptueuse Bacchante chryséléphantine exécutée en collaboration avec Froment-Meurice n'était guère connue que par une photographie publiée en 1910 par Henri Bouilhet dans son ouvrage sur L'Orfèvrerie française aux XVIIIe et XIXe siècles (Paris, H. Laurens, 1908-1912, 3 vols). Le 15 novembre dernier cette uvre a figuré parmi 260 lots de la collection Giacomo Bizzini mis en vente à Bologne suite à la faillite du groupe Nadini SpA. Adjugée 282.000 euro, elle avait pour pendant une autre uvre chryséléphantine semblable qui fut emportée pour 6.000 euro de plus: La toilette de Vénus sculptée par Jean-François Soitoux sur les dessins de Froment-Meurice et du sculpteur Jean-Jacques Feuchère. Voici les photos des deux uvres publiées dans l'ouvrage de Bouilhet (t. 2, p. 277 et 279):
LA TOILETTE DE VÉNUS
F.-D. Froment-Meurice, J.-F. Soitoux
et J.-J. Feuchère
LA BACCHANTE
F.-D. Froment-Meurice et James Pradier
De dimensions identiques (100x39,5 cm) et datées chacune de 1851, les deux uvres proviendraient des anciennes collections d'Anatole Demidoff. Les descriptions données par le catalogue de vente (traduites ici de l'italien) permettent de se faire une meilleure idée de leur composition:
169. La Bacchante
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Groupe en ivoire, argent doré et patiné, et bronze, orné de pierres précieuses, base en marbre rouge brûlé, 100x39,5 cm. Signé et daté sur la base: Froment-Meurice, 1851.
Sur les dessins de Jean-Jacques Pradier et Désiré-François [sic] Froment-Meurice.
Sculpté par Jean-Jacques Pradier.
Provenance: Collection Prince Anatole Demidoff.
La bacchante en ivoire est représentée en train de danser sur un lit argenté de grappes de raisins et de feuilles de vigne, vêtue d'une tunique d'argent avec une ceinture de turquoise et d'argent dorée. Son bras gauche est soulevée et sa main droite est posée sur l'épaule d'un satyre accroupi au torse d'ivoire et aux cornes et aux jambes d'argent. A gauche de la bacchante se tient un Pan en ivoire, également aux jambes en argent, portant une zampogna [syrnx?] d'argent et ceinturé de grappes de raisins entrelacées de feuilles de vigne dorées. Le groupe s'élève sur un socle oval de marbre rouge brûlé.
Prix de départ: 200.000.
uvre en importation artistique temporaire.
170. La Toilette de Vénus.
Groupe en ivoire, argent patiné, bronze, orné de pierres précieuses, base en marbre rouge brûlé, 100x39,5 cm. Signé et daté sur la base: Froment-Meurice, 1851.
Sur les dessins de Jean-Jacques Feuchère et Désiré-François [sic] Froment-Meurice.
Ivoire sculpté par Jean-François Soitoux.
Provenance: Collection Prince Anatole Demidoff.
La Vénus en ivoire est debout en contrapposto sur une coquille argentée émergeant des ondes d'argent sur une base de bronze. Sa main gauche appuyée sur la hanche, elle soulève de sa main droite ses tresses derrrière sa tête. Elle porte un collier d'argent, de grenats et de turquoises, et deux bracelets - l'un avec un serpent d'émail, l'autre d'argent et de grenats. L'observe d'en-bas un triton d'ivoire qui émerge de l'onde en tenant un rameau de corail. Le torse du triton est en partie recouvert d'une cape d'argent en guise de peau de monstre marin, tandis que la partie inférieure de son corps est constituée d'écailles d'argent. Le groupe s'élève sur un socle oval de marbre rouge brûlé.
Prix de départ: 200.000.
uvre en importation artistique temporaire.
La date de 1851 inscrite sur la base des deux groupes est intéressante. On sait que la Léda chryséléphantine exécutée par Pradier et Froment-Meurice (Musée d'Art et d'Histoire de Genève) figura cette même année à la « Loterie des Artistes » et à l'Exposition universelle de Londres (voir Statues de chair, n° 84).
Signalons que dans le catalogue de l'exposition Statues de chair, la Bacchante chryséléphantine, non localisée à l'époque, semble avoir été identifiée à tort avec une Bacchante debout (n° R279) dont le MAH de Genève possède un exemplaire en plâtre (H. 64 cm). A moins que celle-ci n'ait aussi fait l'objet d'une édition Froment-Meurice...
Pour d'autres informations sur la vente Giacomo Bizzini, « la plus importante vente d'art de l'année 2003 en Italie » selon la presse italienne, cliquez ici.