Le peintre Marius Fouque, ami et portraitiste de Pradier (I)
Le nom FOUQUE est un patronyme assez répandu dans le passé comme de nos jours. Notamment dans le Midi et à Arles en particulier. Ainsi au début du XIXe siècle, par exemple, des Fouque d'Arles étaient patron de barque, avocat, ou artisan et un Honorat Fouque exerçait son métier de serrurier dans le quartier populaire de la Roquette, rue des Pénitents Blancs (aujourd'hui rue Théophile Rives) à deux pas de l'église Saint-Césaire.
Le 4 juillet 1819, Honorat et son épouse Marguerite Barbier ne pouvaient certainement pas imaginer, quand est venu au monde leur neuvième enfant, que ce Jean-Baptiste-Marie appartiendrait un jour à l'Ordre de l'Eléphant Blanc du lointain Siam, ni même qu'il entrerait très jeune dans la Marine où seraient reconnus ses talents de portraitiste, selon le critique Parrocel, un contemporain du peintre 1.
Distingué par son professeur, Pierre Huard
2, protégé par M. ET Mme Grange-Réattu 3, Jean-Baptiste se verra accorder, pratique courante à l'époque, une bourse municipale 4 pour « étudier en peinture » à l'École des Beaux-Arts de Paris 5, et suivre les cours de Cogniet et de Granet. Au Salon de '57, il se présente comme élève de Lestang-Parade (1810-1887), le neveu du miniaturiste Alexandre Lestang-Parade d'Aix (les Lestang-Parade appartiennent à une vieille famille, arlésienne jusqu'au XVIIIe; voir Annie Tuloup-Smith, Rues d’Arles, qui êtes-vous?, Éditions Les Amis du Vieil Arles, 2001, p. 214).
Le jeune arlésien a-t-il vraiment connu la vie difficile des rapins comme l'affirme E. Fassin 6 ? En tout cas, Fouque est très vite entré dans l'intimité du sculpteur Pradier 7 et dès 1846, les portes du Salon lui étaient ouvertes privilège qui suppose de solides appuis et qui était très recherché puisqu'à l'époque, pas de salut pour un artiste hors les Salons.
J.-B. Fouque vers 1870En 1852, l'administration lui achète 600 francs 8 le Bonheur de famille et jusqu'en 1870 Fouque travaillera beaucoup pour l'État dont il recevra de nombreuses commandes (copies d'après Winterhalter des portraits du roi Louis-Philippe puis du couple impérial et tableaux d'églises). Peintre officiel de la Cour de Siam, il expose, au Salon de 1870, un Portrait du roi Rama V que Cham distinguera en le caricaturant 9.
Comment Honorat et Marguerite Fouque auraient-ils pu supposer que leur fils échapperait ainsi à son destin familial et irait, bien loin de sa ville natale, épouser (en 1854) une couturière originaire de Rennes, deviendrait un artiste « fort répandu dans le monde artistique » parisien toujours selon E. Fassin , voyagerait en Suisse (chez les Marin, une famille très proche des Pradier), en Russie et en Angleterre (ce qui reste à vérifier), en Extrême-Orient (selon les services culturels de Thaïlande), et qu'il irait finir ses jours à Lorient où il marierait ses deux fils 10 ?
Pourquoi Lorient ? Et à quelle date a-t-il définitivement quitté Paris 11 ?
* * * * *
Si la première recommandation connue est signée Béchameil (avait-il connu cet officier de marine à Toulon ou à Marseille ?), c'est la rencontre avec Pradier qui sera déterminante pour la carrière de Fouque, plus encore, on peut le supposer, que l'amitié d'Hippolyte de Kermarec, le député de Rennes.
Le sculpteur le recommande à Charles Blanc et à Frédéric de Mercey, les directeurs successifs des Beaux-Arts, le met en relation avec Auber, Jules Cloquet, Jame de Lyon... Des personnalités bien en cour 12 et c'est certainement ce réseau qui lui permettra d'obtenir tant de commandes officielles ou d'entrer en liaison avec la famille princière des Youssoupoff. Chez James Pradier, le jeune Fouque croise aussi Charles Blanc, Cavaignac, Hugo, Ingres et Du Camp (en Juillet '48 par exemple), Gautier et Flaubert. L'amitié qui lie les deux hommes se manifeste publiquement, dès 1848, à travers le Portrait de M. J.Pradier statuaire que Fouque expose au Salon.
Lettre de Pradier a De Mercey, début février 1850 (?)
Arch. Nat., F21 30
J.-B. Fouque, portrait de James Pradier, 1877
MAH Genève
Réplique du tableau exposé au Salon de 1848.
Deux uvres du sculpteur entourent le portrait en pied: à droite, Nyssia (Salon de 1848) et à gauche au fond, la Poésie légère (Salon de 1846).
Le portrait est toujours dans la famille Pradier. En 1877 et à la demande de son ami Marin, Fouque exécutera en dix jours et dans une chambre d'hôtel de Paris, une réplique de ce Portrait de J. Pradier de '48 (MAH de Genève, 81 x 65 cm). Une autre copie, réduite et en ovale, sur fond neutre (noir ?) et coupée au niveau de la taille a appartenu à la Société des Arts de Genève. (Voir le catalogue de l'exposition Statues de chair, p. 363-364.)
Les deux amis pouvaient se retrouver à Arles chez Mme Grange : « Et il [Pradier] se livrait à une savante dissertation sur la structure particulière à la race des femmes méridionales, [...] chez Mme Grange, fille de Réattu, le célèbre peintre d'Arles, en présence de Canonge, le poète de Nîmes et de M. Fouque qui me l'a rapportée. » 13
Pradier, Canonge, Mme Grange. Il est à noter que sur les cinq toiles que Fouque choisit de présenter en '48 14, trois rendent hommage à ces trois personnalités: à côté du Portrait de Pradier, on trouve celui de Mme G d'Arles et Phylax et Juniola inspirée par un récit de Canonge.
Sans la correspondance du sculpteur (en cours de publication chez Droz, par Douglas Siler), que connaîtrait-on de la vie « privée » de Fouque ? (Voir Annexe A.) Autres sources très précieuses :
le journal (1872-1882) du fils de Pradier, John, qui note ses rencontres avec son « vieil ami Fouque » ou avec Marin lors de leurs passages dans la capitale (voir Annexe B);
la correspondance de la famille Gallot-Lebreton. Les lettres de la mère et de la sur de Stéphen Gallot architecte de la ville de Lorient et ami de Fouque éclairent les relations bretonnes du peintre 15.
Il a aussi été possible de recueillir les souvenirs de famille auprès des descendants du peintre.
D'autres noms d'amis ou de connaissances laissent espérer de futures découvertes dans d'éventuelles archives familiales ou publiques 16:
Hippolyte de Kermarec (1812-1872), magistrat et député d'Ille-et-Vilaine, autre relation privilégiée du peintre : de Kermarec sera un des témoins au mariage Fouque-Leray et, avec son collègue Desmars (1812-1857), député de la Loire Inférieure bientôt rallié à Napoléon III, il appuie les offres de services du jeune Fouque auprès de l'Administration. De Kermarec habite, comme son jeune ami et protégé, rue Pigalle mais au n° 2.
Les architectes Jean-Baptiste Martenot, de Rennes (St-Seine-l'Abbaye [Côte d'or] 1828 Rennes 1906), et Gallot, de Lorient.
Fouque, Gallot, de Kermarec et Martenot devaient se rencontrer dans la capitale bretonne (quartier de la Chapelle-Boby). Comment Fouque a-t-il pu nouer ces relations bretonnes? Par son épouse, elle-même rennaise?
Les autres témoins de Fouque à son mariage en décembre 1854: Adrien-Joseph-Guillaume Talexy, Simon Corbel et trois noms ou signatures plus difficiles à déchiffrer: Laurent-Jean-Baptiste Colinde (ou Colin de?) Lavaud, 20 rue de Lécluse à Batignolles, Mme Cartellier, Mme Dujardin. (24 ans plus tard, en 1878, lorsqu'il écrit à Guillaume, l’ancien élève de Pradier devenu directeur des Beaux-Arts, Fouque donne alors une adresse à Paris, « chez Mme Dujardin, 38 rue de Boulogne » [rue Ballu depuis 1886]; c'est à deux pas de la dernière adresse parisienne de Fouque de 1872 : 56 rue Blanche.)
L'impétueux Béchameil (1795-1867), capitaine de vaisseau, inventeur et représentant des Charentes, qui écrit, en mars 1847, au ministre de l'Intérieur et à M. Cavé, directeur des Beaux-Arts, pour qu'on accorde à Fouque la commande d'une peinture destinée à la Mairie de Chabanais. La proposition sera retenue.(Fouque n'aurait-il pas rencontreé Béchameil à Toulon? N'est-ce pas la Marine qui a rapproché les deux hommes? Dans ses lettres au ministre de l'Intérieur et au directeur des Beaux-Arts du 25 mars 1847, Béchameil souligne que son protégé est « un parent proche d'un de nos chefs de la Marine » ou « parent d'un de nos chefs de division de la Marine », parent qui reste à identifier!).
Le compositeur Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871), l'ami de Pradier (et si Fouque avait fait son portrait?). Il appréciait la compagnie du jeune peintre comme le montre un petit mot qu'il adressa à Pradier en 1850 (voir
Annexe A).Le baron de Trémont (Philippe Girod de Vienney, 1779-1852), ancien préfet, mélomane, collectionneur d'autographes et grand ami d'Auber. Sa collection d'autographes, dispersée à sa mort, comprenait des lettres, dessins et esquisses de Fouque. En '50 il adresse un courrier à son « collègue » Directeur des Beaux-Arts, Ch. Blanc, pour lui vanter les qualités de dessinateur et de coloriste de Fouque et il ajoute en post-scriptum « Je pense que vous pouvez en toute confiance demander un tableau original à Fouque qui le ferait au même prix qu'une copie ». Petits arrangements entre grands hommes...
- Jame de Lyon, qui fera l’objet d’une prochaine communication du Forum. Activités multiples: il expose notamment au Salon entre 1839 et 1880. Pour son dernier Salon, Jame présente deux natures mortes : Pot de fraises et Fleurs et fruits (voir Annexe A , lettre du 4 juin 1848).
Le docteur Jules Cloquet (1790-1882) et son épouse (Portrait en '48) et le médecin Hubert Lauvergne (1797-1855) de Toulon (?). (Voir la correspondance de Pradier.)
Mme Grange-Réattu (Portrait de 1848, exposé au Salon et conservé au Musée Réattu d'Arles).
Des personnalités arlésiennes : Moutet et Fassin maires d'Arles et le beau-frère de Moutet, Bizalion, Véran, son professeur Huard, le couple Lati (double portrait au Musée Arlaten)
Jules Canonge (Nîmes, 1812-1870) qui inspire un des tableaux exposés au Salon de 1848 : Phylax et Juniola. (Est-ce Canonge qui lui a fait rencontrer Pradier ou Pradier qui l'a mis en rapport avec le poète?)
A Lorient:
- Le peintre Glaize (Jean-Bienvenu-Édouard), né à Lorient en 1851, et S. Gallot resteront très proches. (Première participation de Glaize au Salon en 1879.)
- Les familles Cournet et Souzy dont les filles épouseront les fils Fouque, et les témoins Lorientais lors de ces mariages.Paul Marin (1823-1898), le grand ami genevois de Fouque et... de Pradier, décidément omniprésent dans l'itinéraire de Fouque.
Comment Fouque a-t-il pu entrer dans ce réseau de relations?
Grâce à la protection initiale de Pierre Huard et des Grange-Réattu, et vraisemblablement, de notables arlésiens comme Bizalion ou Véran, et on peut imaginer un lien possible avec Canonge, Pradier et leurs relations toulonnaises et parisiennes.
Le passage dans la Marine à Toulon et à Marseille (ce qui reste à vérifier) pourrait expliquer le soutien du capitaine de vaisseau Béchameil.
Quant aux relations avec les familles que les Fouque retrouveront ensuite à Lorient, le Portrait de Mme Fouque de 1855 apporte peut-être un début de réponse. Le tableau est dédicacé: « donné à mon amie Elisa 1855 ». S’agirait-il de Mme Hortense Éliza Cournet-Gournez, la mère de Mathilde Cournet qui épousera Adrien Fouque en 1878? Les Fouque auraient donc été en relation intime avec les Cournet, dès les années '50. Mais à quelle occasion?
Enfin, M. Henry Fouque, arrière-arrière petit fils du peintre, affirme que son ancêtre allait régulièrement en vacances à Lorient avant même de s’y installer définitivement.
Reste aussi à expliquer ses relations avec le magistrat et député Hippolyte de Kermarec, dont la fille adoptive sera la marraine d’Hippolyte Fouque, et avec le jeune architecte Stéphen Gallot, relations bien antérieures à son installation à Lorient vers 1873 : quand Gallot expose au Salon de 1870, il se présente comme l’élève de Fouque.* * * * *
Les Catalogues des Salons, les Archives des Beaux-Arts, les ventes publiques (Suisse, Suède, Hollande), les réserves de musées ou les collections familiales ou privées notamment les 30 uvres de l'héritage Marin , ont permis de répertorier une centaine de tableaux, à ce jour : production privée ou publique parfois renseignée (Archives Nationales) , entre 40 et 50 de ces toiles ont été localisées. Beaucoup de portraits, à Arles: Musée Réattu et Museum Arlaten, Saint-Trophime, couvent , à Paris, à Genève, chez les descendants...
« Jean-Marius Fouque [ ] avait dans sa jeunesse donné de grandes espérances », peut-on lire dans l'Encyclopédie des Bouches-du-Rhône. Barré y ajoute que Fouque « exposa fréquemment au Salon des Champs-Elysées et dans diverses expositions de Province. La délicatesse et le coloris furent les principaux caractères de son remarquable talent. » 17
Parrocel précisait déjà que « Les débuts de Fouque promettaient un grand artiste Fouque est aujourd'hui [dans les années soixante] compté parmi les artistes de mérite et ses productions brillent par la puissance et la richesse du coloris. » 18
L'Encyclopédie précise toutefois que: « Fouque a peint énormément de portraits commandés pour le ministère d'état, dont dix-huit copies des portraits en pied de l'Empereur et de l'Impératrice. Fouque a reçu la commande d'une copie du tableau de Gérôme, copie que Napoléon III veut offrir au roi de Siam et qui est aujourd'hui exposée à Bangkok. Toutes ces copies sont parfois médiocres; comment, d'ailleurs pourrait-il en être autrement? Fouque se laissait aller à sa grande facilité; et on ne saurait vraiment retenir comme uvre marquante de cet artiste, que le portrait de Mme Grange, fille de Réattu. » Point de vue que ne partagera pas Picasso lors de son passage au musée Réattu en 1957! Mais à côté de tableaux d'églises visiblement bâclés, on trouve aussi:
cette Immaculée Conception, uvre signée, personnelle, dont on regrette qu'elle soit si dégradée mais qui se laisse encore apprécier pour la fraîcheur et la subtile harmonie de ses couleurs dans une composition d'ensemble d'une heureuse plénitude;
ces beaux Portraits de Mme Fouque, de ses fils ou de ses amis Gallot et Pradier;
une copie très réussie de la Courtisane de Sigalon et un Sommeil d'Endymion, non signé, mais qui correspond certainement au tableau qu'il avait offert à sa ville natale; il aurait alors été peint dès 1847 et mériterait aussi une restauration.
Autant d'uvres, certes académiques, mais qui supportent honorablement la comparaison et qui permettent de comprendre l'appréciation de Parrocel: « Parmi ses émules il était le plus habile ». On constate seulement que sa technique et son approche de la peinture n’évoluent pas avec les années. Le jeune Fouque manifestait déjà dans ses uvres de jeunesse, autoportrait de 1845 ou tableaux de la donation Grange comme le Portrait de M. Grange de 1843 (Musée Réattu), le métier qu’on peut lui reconnaître dans ce portrait de 1867:
J.-B. Fouque, portrait de Mme ???
huile sur toile, signée et datée « Fouque 1867 »
H. 93 cm., L. 74 cm., coll. particulière
Pas d'originalité marquée. La composition, conforme aux règles du portrait sous le Second Empire, confère à cette dame une indéniable présence. Le regard franc et soutenu, la position naturelle des mains presque animées, le buste droit mais sans raideur, la qualité de la parure et les reflets discrets du velours, un fond uni: tout concourt à imposer une sorte de gravité calme, sage et douce, dans une retenue à la fois paisible et interrogative.
Comment ne pas faire le rapprochement avec le Portrait de la Baronne d'Astier de la Vigerie de Thomas Couture (Senlis, Musée d'Art et d'Archéologie) et le commentaire récent de Didier Rykner dans la Tribune de l'art au sujet du portraitiste 19.
J.-B. Fouque, portrait de Mme ???, 1867
huile sur toile, H. 93 cm., L. 74 cm.
coll. particulière
Thomas Couture
Baronne d'Astier de la Vigerie, 184..
Huile sur toile
Musée d'Art et d'Archéologie, Senlis« Sur un fond ocre, la baronne est assise, le corps de trois-quart et le visage de face, dans une robe noire. Seuls le col, l'extrémité des manches de sa chemise et le mouchoir blanc qu'elle tient sur ses genoux apportent un contraste avec la tonalité générale de l'œuvre. La mise en page est simple, sans affectation. » Si Th. Couture « tenta dans certaines toiles tardives de se[...] rapprocher [des impressionnistes] par la touche et les coloris », J.-B.Fouque, lui, reste étranger aux révolutions picturales. Pourtant, selon la tradition familiale, il s’était porté acquéreur de toiles impressionnistes...
Le détail à gauche permet d'apprécier la maîtrise de Fouque dans le travail sur les mains et le jeu de lumière sur la dentelle, la peau et les bijoux. Le parallélisme avec Couture est saisissant dans la composition générale comme dans le détail 20.
Fouque était un bon faiseur qu'on peut classer parmi les « petits maîtres » du XIXe.
DUMOULIN-PAILLIEZ FR. ET PH.
(mis en ligne le 6 novembre 2003)
Remerciements :
D'abord à M. Siler et à Mme Tuloup-Smith (Arles).
Aux descendants de J.-B. Fouque, S. Gallot et James Pradier, en particulier à M. Henry Fouque et à Mme et M. Vautraversans ainsi qu'à Mmes Duflos et Pons.
A Mmes Delouche (Rennes) et Pascale Picard-Cajan (Musée Arlaten).
A MM. Bruyère (arch. de Lyon), Charron (musée Réattu d'Arles), Foucard (musée du Louvre), Fulpius (Genève), Lapaire (ancien conservateur du MAH de Genève), Lobstein (musée d'Orsay).
Aux chercheurs et archivistes qui ont bien voulu répondre à des sollicitations répétées...
Crédits photographiques:
Pour le Portrait de James Pradier (1790-1852) par J.-B.Fouque: © Musée d'Art et d'histore, Genève, n° inv. 1878-3, photo Bettina Jacot-Deschambes.
J.-B. Fouque dans la correspondance de Pradier, extraits 1848-1852
Communication de M. D. Siler
Pradier à Jules Canonge - Paris, mercredi matin [19 avril 1848] :
Mme Cloquet veut faire faire son portrait en petit comme le mien par Fouque.
Pradier à Jules Canonge - [Paris,] Dimanche matin [4 juin 1848]:
M. James de Lyon est allé faire une visite à Fouque et lui a acheté différentes petites peintures.
Pradier à Jules Canonge - [Paris, 4 août 1848]:
C'est moi qui ai donné le premier dîner un peu splendide à Paris [samedi 29 juillet 1848]. Il était composé ainsi: V. Hugo, Auber, Th. Gautier, Ingres, Zimmermann, Pradier, Du Camp, C. Blanc, Fouque et Marin (qui est à Genève à présent). [ ] Si vous m'écrivez, adressez chez Marin votre lettre, à Genève, rue du Rhône. Nous partons 6: moi, Adeline, Thérèse, M. et Mme Pourrat, et Fouque, qui nous laissera à Lyon. Il ferait [mieux] de venir voir notre beau lac et nos belles montagnes. Il fait dans ce moment le portrait de Mme Cloquet
Pradier à Jules Canonge - [Genève, fin juillet-début août 1849]:
Nous voilà arrivés depuis deux jours à Genève en bonne santé tous trois. [ ] Venez donc, je vous en supplie, jouir des vues qu'on a ici [ ] Marin m'engage bien à vous faire savoir qu'il vous attend aussi. Dites-nous votre intention. Engagez Fouque de venir [ ].
Faites mon affaire auprès du Maire d'Arles. Je pense que s'il le croit nécessaire, Fouque peut bien lui dire qu'il a vu le buste [de Lamartine] ébauché.
[Vers la même date, Maxime Du Camp (encore convalescent après sa blessure lors des combats de juin 48) indique à Flaubert qu'il a reçu la visite de Pradier et de Fouque avant qu'ils ne quittent ensemble la capitale.]
Auber à Pradier - [Paris, ] mardi 15 janvier [1850]:
Il faut que vous veniez. [ ] - Je vais écrire aussi à Fouque. Nous ferons une partie de loto le soir. Enfin, nous passerons une journée modèle.
Pradier à Jules Canonge - [Paris, peu après le 5 juin 1850]:
Mes amitiés sincères à M. Tur. [ ] Je crois que nous serons quelques-uns à retourner à Nîmes. [ ] Fouque, etc., etc. Mille choses à Bisaillou [Bizalion] et à Mme Grange ainsi qu'à Mlle sa compagne
Pradier à Bizalion - Paris, le 4 [décembre 1850]:
Nous avons l'espoir que vous viendrez passer un moment à Paris [ ]. Canonge se porte bien. Nous mijotons un beau mariage à Fouque Priez pour lui Il a son tableau de Silène et les Bacchantes au Salon
Pradier à Paul Marin - [Paris, 2 janvier 1852] :
Ce bon Martinet et Fouque espèrent toujours vous aller voir et manger à la coquille un bon poulet, une friture de pommes de terre, etc., avec, bien entendu, bon appétit.
J.-B. Fouque dans les « Cahiers des enfants » de John Pradier, extraits 1877-1880
Communication de M. D. Siler
7 mai 1877:Visite de mon vieil ami Marius Fouque, artiste peintre de genre et de portraits, auteur du portrait de mon père Il me fait part du désir de notre ami commun Paul Marin d'offrir en cadeau au Musée Rath (musée de la Ville de Genève) une copie du susdit portait de mon père fait par le susdit Fouque.
8 mai 1877:
Mon ami Marius Fouque vient me voir. Fouque emporte le portrait qu'il copiera dans sa chambre d'hôtel. [ ] Il m'a offert [ ] de m'envoyer le portrait de Thérèse qu'il a fait jadis lorsqu'elle était enfant et qui se trouve en ce moment chez lui à Lorient.
19 mai 1877:
Au retour de mon bureau j'apprends que mon ami Fouque a rapporté le portrait de mon père, ainsi qu'un petit souvenir composé de 2 ovales peints. Fouque avait une voiture, il allait faire des courses et repartait le soir pour Lorient.
4 décembre 1878:
Vers 2 heures visite inattendue de mon vieil ami Marius Fouque [ ]. Il m'apprend le prochain mariage de Paul Marin de Genève [ ]. Fouque va tâcher de voir M. Guillaume [ancien élève de Pradier, devenu directeur du ministère des Beaux-Arts] pour obtenir directement de lui une commande. Je lui donne le conseil d'essayer de le voir de suite, plutôt que de procéder par lettre. Il se peut que Fouque reste un peu dans nos parages, ayant la commande probable de copies à Versailles pour la princesse Youssoupoff: le combat des trente et l'entrée des croisés. Avec Fouque nous causons de l'ancien et cher ami Auber le compositeur.
5 mai 1880:
Vers 3h1/2 j'ai reçu la visite du jeune Émile Fouque qui est venu m'apprendre la mort de son père, décédé à Lorient il y a une quinzaine de jour. M. Émile était marié et habitait lui-même Lorient. Son père est mort d'une rupture d'anévrisme, il avait 60 ans. C'est lui qui avait fait le joli portrait en pied que nous avons de mon père. C'était aussi un grand ami de la famille Marin de Genève.
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1 Étienne Parrocel, Annales de la peinture, Paris/Marseille, Ch. Albessard et Bérard, 1862. Ce fut sans doute à Toulon que Fouque entra dans la Marine. Cependant, les Archives de la Marine de Toulon ne mentionnent pas son nom.
2 On ne trouve pas de traces du passage de Fouque à l'école d'art d'Arles fondée par le peintre Réattu et que dirigeait Pierre Huard (1792-1846). Selon Parrocel, J.-B. Fouque avait suivi les cours de l'école d'hydrographe d'Arles (avant de partir pour Toulon?). Or le 25 septembre 1845 et depuis Paris, le jeune peintre écrit à Huard qu'il appelle son « cher professeur » (Fouque est donc bien installé dans la capitale à cette date).
3 Mme Grange est la fille du peintre Réattu. Le Musée Réattu d'Arles conserve dans ses réserves des portraits de Mme Grange en arlésienne -, de son père et de son mari, exécutés par Fouque
4 500 frs en 1845, Compte-rendu du Conseil Municipal du 21 octobre 1844. La lettre que Fouque adresse à son « cher professeur » Huard (voir note 2) indique que le jeune Jean-Baptiste est dans la capitale avant le 25 septembre 1845 et qu'il y rencontre Véran, membre d'une famille de notables arlésiens (un Véran s'intéresse à l'architecture, un lien avec les architectes Gallot et Martenot?)
5 Il serait entré le 7 octobre 1846 à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris selon le dictionnaire Bénézit. Mais on ne trouve aucune trace dans les archives de cette école.
6 Voir note 13.
7 A moins que les deux hommes ne se soient déjà rencontrés dans le Midi, près de Toulon, dans le quartier La Malgue où l'ami de la famille Flaubert et de Pradier, le docteur Cloquet, possédait une propriété voisine de la bastide du médecin aux hôpitaux de la Marine de Toulon, Hubert Lauvergne, dont Pradier a exécuté le buste en 1844 (voir la Correspondance de Pradier, t. III, p. 84-86 et p. 391-392).
8 Un portrait pouvait s'acheter 2000 frs en 1859, mais tout devait dépendre de la côte du peintre, la clientèle bourgeoise ne retenait que les peintres présents au Salon.
Un petit fonctionnaire parisien touchait, par an, 2000 frs (moins les 100 frs pour sa retraite).
Certaines commandes officielles exécutées par J.-B. Fouque lui ont rapporté jusqu'à 1500 frs (dont il faudrait soustraire les frais de matériel?). Déjà en 1847, la copie du Portrait du Roi, d'après Winterhalter, lui avait été payée 800 frs. En 1855, c'est plus de 6000 frs qu'il recevra de l'État.
Il faut se rappeler qu'avant d'être reconnus, Corot ou Monet vendaient leurs tableaux entre 20 et 40 frs. Millet reçoit en 1860 1000 frs pour son Angélus.
Sur toutes ces questions on peut se reporter utilement à La vie quotidienne des artistes français au XIXe siècle de Jacques Lethève, Hachette, 1968.
9 Reproduction dans Arnaud de Vresse, Cham au Salon de 1870, Paris, 1870. Pour les commandes de l'administration, se reporter aux 57 fiches de la Base Arcade (ministère de la Culture). La copie du tableau de Gérôme n’y figure pas, c’était une commande du ministère des Affaires étrangères: « Je viens d’être chargé par le Ministère des Affaires Etrangères de la copie du tableau de M. Gérôme » (lettre de Fouque adresssée à « M. le Comte » [Nieuwerkerke] le 31 juillet 1865). Cette copie est conservée au Grand Palais de Bangkok.
10 Le couple Fouque-Leray a eu deux fils : Émile, né en 1849, et Adrien, né en 1855. Émile dont parle le journal de John Pradier, se lance, comme le frère de S. Gallot, dans les affaires, se marie avec Amélie-Louise Souzy-Brère, fille d'un capitaine de vaisseau. Après la mort de sa jeune épouse en 1881, on le retrouve ténor à l'opéra d'Oran (source familiale), puis agent de la Compagnie du canal de Suez (il décèdera à Ismaelia).
Adrien choisit la carrière militaire et épouse la fille d'un officier de la Marine que Thiers met à la retraite après 70, Mathilde Cournet (Portrait au Salon de 1877). L'oncle de Mathilde, Frédéric Cournet, a participé à la résistance au coup d'état de '51, comme le souligne V. Hugo, dans Histoire d'un crime. Son fils, Frédéric Étienne (Lorient ou Paris 1839 - Paris 1885), le « petit Frédéric » (tous les descendants connaissent ce nom) a été un membre actif et respecté de la Commune. Sa tombe au Père Lachaise est toujours fleurie. Parenté coupable qui expliquerait, au moins en partie, la vindicte du « petit » Versaillais contre l'oncle? Ces fortes personnalités issues de la branche maternelle ont laissé dans la famille un souvenir au moins aussi vivant que celui de l'ancêtre peintre.
D'autres descendants du couple Fouque-Cournet, Hippolyte Fouque et Jean Vautravers, hommes de caractère eux aussi, montreront un grand courage au combat et dans la Résistance pendant la guerre de '40.
11 Adresses parisiennes de Fouque :
1846: 11, rue de l'Arbre Sec (île de la Cité);
1848: 6, rue de Furstenberg et 10, rue de l'Abbaye;
1850: 26, rue Pigalle, dans la Nouvelle Athènes;
1872: 56, rue Blanche (simple boîte aux lettres ?).
A Lorient, il habitera (en 1873 ou avant?) au 29, rue de la Comédie, avec, en '77, pour le Salon, une adresse parisienne chez Carpentier (le marchand de matériel de peinture?), 6, rue Halévy, et en '78, une autre adresse encore: « Chez Mme Dujardin, 38, rue de Boulogne ».
12 Cloquet est un des chirurgiens personnels de l'Empereur qui le fera baron. En '48, Fouque travaillait au portrait de la seconde épouse du célèbre médecin.
13 Émile Fassin, Anthologie de l'idéale beauté des filles d'Arles, Arles. AMFP. Émile Fassin. Ms 243, II. f° 251, d'après E. Parrocel, L'Art dans le Midi, note 21, p. 20-21. Extrait de l'article de Pascale Picard-Cajan, « De la Vénus à l'Arlésienne: les Athéniennes de la Provence », dans le catalogue de l'exposition: Arlésienne: le mythe?. Museon Arlaten, Arles, 1999-2000, p. 144. Émile Fassin (maire d'Arles de 1878 à 1880) tenait de Fouque lui-même une part des informations qu'il a notées. Ses nombreux écrits sont une source « incontournable » d'informations sur sa ville (voir Annie Tuloup-Smith, Rues d'Arles, qui êtes-vous?, p. 123-124).
14 En 1848, toutes les uvres proposées au Salon sont admises d'où le nombre des pièces exposées : 4598 tableaux et dessins. Fouque y expose Phylax et Juniola, inspirée de Canonge, et quatre portraits:
Mme G...[Grange], d'Arles, musée Réattu, Arles (toile récemment restaurée pour l'exposition au musée Arlaten, « Arlésienne: le mythe ? » du 3/7/1999 au 30/1/2000).
M. C. P... (???)
Mme C. .. (???)
- M. J. Pradier, statutaire.
15 L'architecte de la ville de Lorient à partir de 1873 sera un autre grand ami de Fouque. C'est lui qui a déclaré le décès de Fouque le 11 avril 1880. Cet ancien élève de Paccard à l'Ecole des Beaux-Arts exposera trois fois au Salon et en 1910, il fondera, avec son ami Gayet, la société des Beaux-Arts de Lorient. (Sources : Mme Duflos, une descendante de S. Gallot)
16 Toutes les informations sur les personnes citées seraient les bienvenues
17 Les Bouches-du-Rhône. Encyclopédie départementale, Archives départementales, Marseille, 1913-1914, t. VI, p. 448-449, et t. XI (biographies par H. Barré), p. 551.
18 Étienne Parrocel, op. cit., p. 493.
19 Didier Rykner, Tribune de l'art, n° 20, mis en ligne le 26 oct. 2003. L'exposition « Thomas Couture (1815-1879). Portraits d'une époque » est ouverte jusqu'au 5 janvier 2004 au Musée de l'Hôtel de Vermondois à Senlis.
20 Interrogation: Au dos de la toile de Fouque apparaît un nom composé:
Le nom du commanditaire du tableau? S’agit-il du portrait de Mme R. Ratour(?) - Routerre ? Une méditerranéenne? De Marseille? On sait que Fouque a exposé dans cette ville. De plus le châssis, un n° 30, a été acheté chez Quentin de Marseille.
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