Questions / Réponses

 

Le sculpteur Francisque Duret


4/6/05 - Question Sophie Picot (Paris):

Je suis étudiante en histoire de l'art à l'université de Paris I - Panthéon Sobonne et je prépare une thèse sur le sculpteur Francisque Duret. Je consulte donc régulièrement votre site sur Pradier avec beaucoup de profit. Un amateur a récemment acheté un petit album, daté du début des années 1860, reproduisant les 14 stations du chemin de croix de l'église Ste-Clotilde. Ces dernières sont polychromées. Peut-être s'agit-il des plâtres. Connaissez-vous la localisation de ceux de Pradier? Auriez-vous d'autres informations sur la diffusion de cette commande? Au cours de mes recherches, je rencontre fréquemment la personnalité majeure de Pradier, qui a eu une certaine influence sur Duret.


5/6/05 - Réponse D. Siler:

Merci de votre mail et merci d'avoir consulté mon site. Vous avez peut-être consulté aussi mon édition de la Correspondance de Pradier (
Librairie Droz, Genève) où Duret est mentionné à plusieurs reprises. Les deux sculpteurs étaient très liés et avaient chacun un atelier au Palais Abbatial. Par ailleurs, l'un des deux ateliers occupés par Pradier à l'Institut – celui qui se trouvait à droite du dôme, sur le quai – fut accordé à Duret après la mort de Pradier.

Pour répondre à vos questions, deux grandes planches conservées aux Estampes de la BNF (série SNR, Pradier, James, sculpteur) reproduisent les 14 bas-reliefs (7 par planche) coulés en fonte de fer par Ducel. Les connaissez-vous? On y trouve le nom et l'adresse du fondeur (« J.J. Ducel, Maître de Forges, rue du Faub.
g Poissonnière, 26, à Paris »), les dimensions des plaques (61 x 96,5 cm) et la mention suivante: « Le modèle (sic) ci-dessus appartient à M.r DUCEL, il en poursuivra conformément à la loi, l'imitation, la contrefaçon et le surmoulage. »

Ainsi, les modèles originaux en plâtre ont dû se trouver initialement chez Ducel, à qui Pradier avait aussi confié d'autres travaux. Ils ont pu éventuellement échouer à la fonderie du Val d'Osne, qui a acheté le fonds Ducel en 1878. Vous trouverez peut-être des informations utiles sur Val d'Osne sur le site
http://www.fontesdart.org ou sur le site Les compagnons de l'Histoire, ou bien en écrivant à l'adresse suivante:


Les Compagnons de l'Histoire
6, rue Leclerc
52300 OSNE le VAL


L'ouvrage de Jean-Claude Renard, L'Age de la fonte. Un art, une industrie, 1800-1914... (Les éditions de l'Amateur, 1985, 5, rue de Montholon, 75009 Paris), reproduit deux ou trois photos d'un chemin de croix fondu par Val d'Osne, 49 x 60 cm, mais ce n'est pas celui de Ste-Clotilde.

Dans l'inventaire après décès de Pradier, on relève ceci: « Les partis déclarent que sur les sept bas-reliefs commandés à M. Pradier, les modèles de trois seulement sont terminés, et que par ordonnance de M. le Préfet de la Seine, MM. Lequesne et Guillaume ont été chargés d'achever led. travail, sauf compte à faire ultérieurement. »

J'ai eu l'occasion de constater sur place, dans l'église Ste-Clotilde, plusieurs différences de détail entre les planches de la BNF et les bas-reliefs originaux.

Je trouve aussi dans mes dossier une photocopie des documents suivants conservés aux Archives de la direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris:

  1. Un arrêt du Préfet de la Seine Berger daté du 16 décembre 1851 qui énumère des travaux d'art commandés à cette date pour l'église Ste-Clotilde (dont six bas-reliefs commandés à Duret et six à Pradier);

  2. Un arrêt du même daté du 21 avril 1852 concernant la commande de deux bas-reliefs supplémentaires à Duret et à Pradier après que l'archevêque de Paris eut « fait observer que le chemin de la Croix devait se composer de 14 stations au lieu de 12 » (!) ;

  3. Un arrêt du même daté du 17 juin 1852 confiant l'achèvement des bas-reliefs de Pradier à ses élèves et collaborateurs Lequesne et Guillaume suite au décès de Pradier le 4 juin 1852;

  4. Deux tableaux récapitulatifs (incomplets?) des travaux d'art commandés pour l'église en 1851 et 1852. L'un des deux donne les sujets des bas-reliefs commandés respectivement à Duret et à Pradier.

Si vous aviez besoin de ces documents, je pourrais éventuellement vous en envoyer des photocopies.

Votre thèse comportera-t-elle un catalogue raisonné de l'œuvre de Duret? A toutes fins utiles je vous signale un buste du belge Hector Defoër (1832-1905) signé Duret au château construit par Defoër à Jodoigne, en Belgique. Auriez-vous par hasard des renseignements sur un « Buste de Mme P... », en marbre, exposé par Duret au Salon de 1846? J'aimerais bien savoir s'il s'agissait d'un buste de Louise Pradier.

Je vous serais très obligé de me tenir au courant de ce que vous découvrirez au sujet de Pradier au gré de vos recherches, surtout en ce qui concerne toute correspondance qu'il aurait échangée avec Duret.


6/6/05 - Réponse Sophie Picot:

Merci beaucoup pour votre réponse si riche d'informations. J'envisage en effet d'intégrer un catalogue de l'œuvre de Duret dans ma thèse, mais c'est un travail de longue haleine...

Les reliefs de Ste-Clotilde:

Je connaissais les étapes de la commande mais je serais très intéressée par les copies des documents que vous mentionnez, surtout les 2 premiers (arrêts du 16 déc. 1851 et du 21 avril 1852 (réaction de l'archevêque!)).

Fonds d'autographes de la bibliothèque Doucet : Gau écrit à Duret et propose de lui prêter des dessins faits d'après nature sur les lieux des stations du chemin de croix afin qu'il s'en inspire pour ses fonds (mf B=LXXXVIII 79503). En est-il de même pour Pradier? Pour le reste, je vais tenter d'exploiter les pistes que vous m'indiquez.

La correspondance:

Fonds d'autographes de la bibliothèque Doucet : aucune lettre de/à Pradier dans les liasses Duret ; la seule mention de cet artiste est liée au transfert de son atelier de l'Institut à Duret après son décès (mf B=LXXXVIII 79509-10)

Fondation Custodia : aucun échange Pradier/Duret.

J'avais bien évidemment consulté votre édition de la Correspondance de Pradier. J'ai découvert à cette occasion que Victor Paillet était son avocat. Or, Duret est l'auteur de la statue en bronze représentant l'avoué (1862, Bibliothèque Doucet mf B=LXXXVIII 79544). Celle-ci était installée dans la cour de l'Hôtel de Ville de Soissons, détruite au cours de la seconde guerre mondiale. Le musée de Soissons conserve des cartes postales de la collection Lafleur que je peux vous transmettre par mail. Dans l'état actuel de mes recherches, Pradier est le seul lien connu entre Duret et Paillet.

Collection des descendants : aucun document relatif à Pradier.

Les bustes:

Je suis très intéressée par votre signalement du buste d'Hector Defoër que je ne connaissais pas. Pourriez-vous m'indiquer un moyen d'obtenir une reproduction?

Je ne sais encore rien sur le buste de Mme P du salon de 1846.

J'ai conscience que mes informations sur Pradier sont bien maigres. Je ne manquerai pas cependant de vous transmettre toutes mes découvertes relatives à cet artiste.


10/6/05 - Réponse D. Siler:

A votre tour vous m'apportez plusieurs informations intéressantes. Merci.

Avant tout autre chose, connaissez-vous le catalogue de la vente Drouot-Richelieu du 23 juin 1989? Je viens de tomber dessus en revoyant mes dossiers. Il décrit 8 lots importants provenant des « Archives Francisque Duret ». Le premier lot, n° 33, comportait 18 lettres de Duret à sa mère (publiées dès 1981 par Antoinette Le Normand dans son ouvrage La Tradition classique et l'esprit romantique). Les autres lots comportaient 21 pages de notes autographes, un album de 289 dessins, 43 lettres de Duret à sa femme ainsi que de nombreuses autres lettres et pièces officielles reçues (attribution de l'atelier de Pradier à l'Institut, la statue de Paillet, une lettre de Louise Pradier, etc, etc.).

Je ne crois pas avoir trouvé de lettres adressées par Gau à Pradier ni d'autres lettres relatives à la commande des reliefs. Mais pour en être sûr il faudra que je revoie de près mon 5e tome de la Correspondance de Pradier (en préparation).

Quant au buste d'Hector Defoër par Duret au château de Jodoigne, je n'ai pas de photos moi-même mais je ne manquerai pas d'en prendre si j'ai l'occasion d'y retourner. Le château abrite aujourd'hui l'internat de l'Athénée royal de Jodoigne. J'ai l'adresse quelque part mais je n'arrive pas à mettre la main dessus. Je vous l'enverrai donc plus tard.



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