Questions / Réponses

 

Pradier à Toulon


8/8/04 - Question Louis Le Pennec:

Sur votre site, vous mentionnez plusieurs articles en préparation sur James PRADIER, mais je ne suis pas parvenu à les trouver. Ces articles sont-ils parus et dans l'affirmative, où puis-je les lire? Je m'intéresse plus particulièrement à la période toulonnaise de Pradier, passée chez le chirurgien Jules CLOQUET, dont il a décoré la villa de Lamalgue (quartier à l'Est de Toulon que j'habite, à proximité immédiate de la rue Cloquet). Que sont devenues les œuvres de Cloquet signées Pradier?


9/8/04 - Réponse D. Siler:

Merci de votre message, que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt. Je connais votre quartier, l'ayant exploré il y a quelques années sur les traces de Jules Cloquet et de James Pradier. J'ai constitué par la suite tout un dossier concernant l'œuvre « toulonnaise » de Pradier et entretenu à ce sujet une correspondance fructueuse avec M. Paul Lanza, conservateur du musée du Vieux Toulon. Je peux donc vous renseigner si cela vous intéresse. Comme vous le savez, la villa Cloquet n'existe plus. Pradier y avait laissé trois fresques, dont une est passée en vente il y a deux ou trois ans et se trouve à présent, je crois, chez un marchand parisien. Lors de la démolition de la villa, M. Lanza m'en avait procuré une photo. J'ignore ce que sont devenues les deux autres ainsi qu'un bas-relief représentant La maison de Socrates qui ornait la façade de la villa.  Il y avait aussi de Pradier un grand mascaron-fontaine en fonte représentant Neptune ou le dieu Océan qui se trouve encore sur le site de la villa et dont le modèle en plâtre appartient au Musée d'Art et d'Histoire de Genève. Ce mascaron en avait remplacé un autre semblable, en marbre ou en pierre, dû également au ciseau de Pradier. Jules Cloquet l'avait placé au haut du mur clôturant son jardin, face à la mer. Ce premier mascaron fut brisé en 18511.


James Pradier
Neptune (Océan)
Toulon (Lamalgue)
Photo D. Siler

James Pradier
Neptune (Océan)
Toulon (Lamalgue)
Photo D. Siler
James Pradier
Neptune (Océan)
Toulon (Lamalgue)
Photo D. Siler

James Pradier
Neptune (Océan)
Toulon (Lamalgue)
Photo D. Siler


Vous connaissez sans doute la belle Pièta en marbre de Pradier qui se trouve dans une chapelle néo-gothique à La Pauline, entre Toulon et Hyères. Quand je l'ai vue il y a une vingtaine d'années, la chapelle venait d'être acquise par la municipalité de La Garde et devait être restaurée. Je n'ai pas eu l'occasion d'y retourner. Sauriez-vous me dire si la chapelle est maintenant accessible au public et si la Pièta est toujours en place?


Chapelle Saint-Charles-Borromée
La Pauline (près Toulon)
Photo D. Siler

Chapelle Saint-Charles-Borromée
La Pauline (près Toulon)
Photo D. Siler
Chapelle Saint-Charles-Borromée
La Pauline (près Toulon)
Photo D. Siler

Chapelle Saint-Charles-Borromée
La Pauline (près Toulon)
Photo D. Siler


En ce qui concerne les « articles en préparation » annoncés sur mon site, ils seront éventuellement diffusés sur le site même. L'un d'entre eux (« Pradier peintre ») traitera de l'œuvre peinte du sculpteur, y compris les fresques de la villa Cloquet. En attendant vous trouverez plusieurs indications sur Cloquet et sur les œuvres « toulonnaises » de Pradier dans le catalogue de l'exposition Statues de chair (Genève et Paris, 1985-1986) ainsi que dans mon édition de la Correspondance de Pradier (Genève, Librairie Droz, 3 vols. parus et 2 en préparation).


9/8/04 - Réponse Louis Le Pennec:

Je vous remercie vivement de votre aimable et rapide réponse. S'agissant de la chapelle de La Pauline, celle-ci, devant laquelle je passe fréquemment, semble avoir été effectivement restaurée. Je vais m'assurer de cela et voir si elle est accessible au public, et dans le cas contraire obtenir les renseignements pour les éventuelles ouvertures aux visites privées. Je vous en informerai dès que possible.

La tête de Neptune dont vous parlez se trouve effectivement dans la copropriété « le Prieuré de Lamalgue » (située très certainement sur l'ancien emplacement de la propriété Cloquet), dans laquelle je suis propriétaire d'un appartement, et donc je suis sans doute aussi « copropriétaire » de l'œuvre de Pradier qui s'y trouve. Cette tête est fixée sur un fronton. Nous avons isolé le circuit d'eau de la fontaine, celle-ci se dégradant peu à peu (bassin fissuré). Ce fronton aurait besoin d'une remise en état (peinture essentiellement et bassin comblé remplacé par un massif floral) et c'est à cette fin que je me suis penché sur cette œuvre, donnée comme étant la dernière de Pradier réalisée en 1852 comme mentionné sur le fronton
2. Je pense en effet que tous les travaux qui pourraient être faits sur ce fronton doivent répondre à des règles bien précises que j'ignore totalement mais que je vais essayer d'obtenir auprès des Bâtiments de France. Je vous fais parvenir par mail séparé une photo numérique de ce fronton que vous avez peut-être déjà.


15/8/04 - Réponse D. Siler:

A propos des fresques exécutées par Pradier à la villa Cloquet, j'ai oublié de préciser qu'elles reprenaient chacune une de ses œuvres sculptées: La Sagesse repoussant les traits de l'Amour, Ancréon et l'Amour, et Vénus à la Coquille. Tout cela est documenté dans mon édition de la Correspondance, surtout dans les notes du tome III, lettre 485.   Je suis ravi d'apprendre que vous êtes « copropriétaire » du mascaron de Pradier et que vous vous en occupez. Quand je l'ai vu il a une vingtaine d'années, le bas était très noirci. Il était déjà difficile, je crois, de lire la signature et la date sous la barbe. Cependant, comme l'œuvre est en fonte et non en pierre la surface n'est peut-être pas attaquée et il serait peut-être possible de faire procéder, par des spécialistes compétents, à un nettoyage complet. Je ne suis pas moi-même au courant des démarches à suivre. M. Didier Rykner, animateur du site « 
La Tribune de l'Art », pourrait peut-être vous orienter. Plus près de chez vous, le musée du Vieux Toulon serait peut-être en mesure d'intervenir. Merci de votre offre de prendre des renseignements au sujet de la chapelle. Je serais heureux de connaître son état de conservation et son statut actuels. J'aurais sutout besoin d'images très nettes du bas-relief signé « Pradier » au-dessus de la porte d'entrée, ainsi que des deux statues de saints posées sur la gauche et la droite de la façade. Celles-ci seraient aussi de Pradier mais personne, à ma connaissance, ne les a vues d'assez près pour y relever une signature.


15/8/04 - Réponse Louis Le Pennec:

Merci pour votre réponse très argumentée. Je n'oublie pas ma promesse de vous faire parvenir des photos numériques de la tête de Neptune. Je suis passé devant la chapelle Saint Charles Borromée (La Pauline à la Garde), le portail est fermé et cadenassé par une chaîne, et seul figure sur la grille un panneau indiquant le nom de la chapelle ainsi que son style (néogothique) et la période de sa construction (XIX siècle). Je vais donc prendre contact avec la mairie de la Garde pour essayer de vous renseigner et vous faire parvenir des photos numériques de la chapelle et des bas-reliefs et des statues qui s'y trouvent. Pour information, une description de la chapelle se trouve sur le site www.tourinfos.com.


16/8/04 - Réponse D. Siler:

Merci mille fois pour les renseignements sur la chapelle ainsi que pour l'URL du site, que je ne connaissais pas. Je serais très heureux d'avoir les photos numériques quand vous aurez le temps de les faire. En plus du bas-relief et des deux saints qui sont à l'extérieur de la chapelle, pourriez-vous prendre également quelques clichés de la Pièta qui est à l'intérieur, si vous y avez accès?


17/8/04 - Réponse Louis Le Pennec:

Vous trouverez en PJ quelques photos de la tête de Neptune. Ne l'ayant vue que d'en bas et jamais observée de près, je pensais qu'elle était en pierre, .. ou en ciment. Vous m'avez appris qu'elle est en fonte. N'étant pas oxydée, elle ne contient donc pas de métaux ferreux. En revanche, son aspect brillant et ses reflets « argentés » font tout naturellement penser à de la fonte d'aluminium. Vérification faite (internet), l'aluminium sous forme de métal n'a été découvert qu'en 1854 par Henri Sainte Claire Deville qui l'exposa sous cette forme pour la première fois lors de l'exposition universelle de 1855. Avez-vous en conséquence des informations sur la nature exacte de cette fonte? [...] L'office du tourisme de La Garde ne m'ayant pas été d'un grand secours, je dois téléphoner demain au presbytère de La Garde pour convenir d'une viste de la Chapelle. Je ferai les photos que vous souhaitez recevoir.


17/8/04 - Réponse D. Siler:

Je vous remercie infiniment pour les photos - elles sont parfaites à tous égards et font ressortir des détails que je n'ai jamais vus avant. Le nom de Pradier, la date de son décès, et le nom du fondeur peuvent être partiellement déchiffrés sur l'une d'entre elles, ce qui n'était pas le cas sur mes propres tirages.


Emplacements de la signature « J. PRADIER »
et du nom du fondeur « PAILLARD »



Zoom sur la signature et la date



Lecture de la signature et de la date

[J. P]RA[D]IER

[4] J[UI]N [1852]





Zoom sur le nom du fondeur





Lecture du nom du fondeur

[V.] PA[I]LLARD


La présence du nom du fondeur Victor Paillard, qui a réalisé plusieurs autres fontes pour Pradier, en bronze et en argent, confirme que le masque est en métal. A ce propos M. Paul Lanza, conservateur au musée du Vieux Toulon, m'a écrit ce qui suit en 1985:

Je peux vous confirmer que le masque de Neptune n'est pas en pierre mais bien en métal. L'arrière du mur sur lequel il est appliqué comporte une ouverture qui nous a permis d'examiner l'intérieur du masacaron. C'est sans conteste un moulage. Lorqu'on la heurte, la matière rend un son métallique; au grattage est apparu l'éclat brillant caractéristique. Nous étions quatre et avons été unanimes à faire cette constatation... et pourtant nous étions loin d'être convaincus au début de notre examen. Nous n'avons pas pu relever l'inscription « J. PRADIER, 4 JUIN 1852 ». L'eau qui s'écoule de la bouche a déposé mousse et concrétions sur presque toute la partie basse du masacaron qui a pu être restaurée et nous a fait penser un moment que cette œuvre était de terre cuite. Par contre, sur le côté droit lorsqu'on regarde le masque de face, nous est apparu, en lumière frissante, gravé en creux, le nom « PAILLARD » qui pourrait être précédé d'une autre lettre mais nous ne pouvons l'affirmer.

Nous n'avons pas pu savoir par la suite de quel métal il s'agit. Ce serait probablement facile de l'identifier en faisant analyser un échantillon prélevé par l'ouverture à l'arrière mentionnée par M. Lanza. Sur vos photos, la coloration et l'usure apparente de la surface donnent néanmoins l'impression que l'œuvre est en pierre ou en marbre. Je me demande si elle n'a pas été recouverte d'une couche de peinture. En tout cas, il serait très souhaitable de la faire examiner par un restaurateur compétent. [...] Dans le cas où cela peut vous intéresser, je joins la notice et les photos relatives au Neptune publiées en 1985 dans le catalogue de la rétrospective Pradier, Statues de Chair. Sur le cliché du modèle, comme vous le voyez, le nom de Pradier et la date de son décès sont bien visibles en relief, sous la barbe, au même emplacement qu'ils occupent sur l'œuvre en métal.





Je retrouve une autre lettre de M. Lanza, celle-là datée de 1987, dans laquelle il me disait avoir relevé dans un ancien catalogue du Musée Municipal de Toulon une mention manuscrite selon laquelle le premier mascaron, ou un fragment de ce mascaron, aurait été offert à ce musée par un collectionneur, M. Malcor. Il ajoutait qu'il avait demandé qu'on le recherche au musée et qu'il attendait encore une réponse. J'ignore si cette recherche a abouti.


19/8/04 - Réponse Louis Le Pennec:

Je vous remercie infiniment pour tous les renseignements et points de contact que vous m'avez transmis au sujet de la tête de Neptune et qui vont maintenant me permettre de les compléter localement (musée du vieux Toulon et bibliothèque). Tous ces renseignements seront transmis au conseil syndical de la copropriété (dont je suis membre) en vue d'une action de rénovation du fronton et de la statue. Je vous fais parvenir les photos de la chapelle Saint Charles Borromée qui a effectivement comme vous le verrez été remise en état par la ville de La Garde. La nouvelle cloche a été inaugurée en novembre 1993 par le Maire de la ville et elle sonne ... depuis une semaine très exactement. Si vous souhaitez d'autres photos ou recherches locales, n'hésitez pas à me contacter.



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18/8/04 - Réponse D. Siler:


Ces nouvelles photos, comme les précédentes, sont parfaites sur toute la ligne. Une comparaison avec les miennes prises il y a vingt ans ou plus montre bien les améliorations qui ont été faites à la chapelle. Concernant d'autres photos ou recherches locales, si vous avez l'occasion de contacter le Musée Municipal de Toulon au sujet de l'ancien masque endommagé de Neptune qui se trouve peut-être dans les réserves du musée, il faudrait y faire rechercher en même temps deux modèles de Pradier représentant La Guerre et La Paix qui auraient été détruits au musée pendant la dernière guerre mondiale. Les deux statues en marbre font toujours partie de la décoration exécutée par Pradier sur le fronton du Sénat à Paris. Une autre recherche à faire éventuellement serait de demander à la muncipalité de La Garde si, au moment de la rénovation de la chapelle, on n'a pas trouvé la signature de Pradier sur les statues de Saint Charles Borromée et Sainte Thérèse car leur attribution à Pradier n'a jamais été documentée. Merci de me tenir au courant des décisions de votre conseil syndical concernant la rénovation du Neptune.


13/12/04 - Réponse Louis Le Pennec:

Le curé de La Garde m'ayant recommandé d'aller sur place, où il a y en principe toutes les informations recherchées, je suis passé cet après-midi à la chapelle (qui est ouverte en permanence de jour car il y a maintenant des jeunes (étudiants?) qui habitent l'ex-presbytère). L'historique de la chapelle est assez pauvre, mais j'y ai trouvé la photocopie d'un article (non daté et origine non mentionnée: livre, revue, journal?) écrit par Antonin Bonnet qui s'intitule: « La Chapelle Saint Charles Borromée de La Pauline: l'œuvre du statuaire Pradier » 3 . Cet article mentionne: – la Pièta – le tympan, – la statue de Sainte Thérèse, – la statue de Saint Charles Borromée, – l'ange de la Résurection. J'avais pris soin de me munir de ma bonne paire de jumelles « marine » et j'ai pu observer les trois statues dans leur ensemble avec un peu de recul, sans qu'il me soit nécessaire de monter sur une échelle. S'agissant de l'ange de la Résurection, qui se trouve sur la façade au dessus du tympan (il doit être visible sur les photos que je vous ai transmises), il est bien signé de Pradier (J.PRADIER sur la face avant du socle). En revanche, aucune signature n'est visible sur les statues des deux saints, ce qui semble confirmer ce que vous saviez déjà. L'article mentionné ci-dessus les inclue toutefois dans « l'inventaire Pradier ». Il serait donc intéressant de connaitre les sources de l'auteur (que vous connaissez peut-être?), et qui n'est pas « tendre » pour Pradier qu'il décrit comme protestant genevois pas le mieux placé pour exprimer le côté sacré de statues, et qui en outre a commis beaucoup d'erreurs sur le plan anatomique en sculptant la Pièta (position des jambes du cadavre du Christ en particulier) . Si vous ne connaissez pas cet article, je veux bien essayer de vous en faire parvenir un exemplaire numérisé (avec l'accord du curé bien évidemment). Prochaine étape: le musée de Toulon.

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1 Au retour d'un séjour à Bordeaux en juin 1851, Pradier écrivait à Jules Cloquet: « Dites-moi ce que vous voudriez pour mettre à La Malgue à la place de notre pauvre Neptune brisé. Nous pourrions faire une sculpture en terre cuite ou en plomb ou zinc. Venez un moment en passant et nous élèverons un colosse. » (Lettre inédite, coll. particulière.) Rappelons d'autre part que le premier mascaron et son emplacement sont connus grâce à deux bois signés Letuaire illustrant un article de Ch. Poncy (« Les baignades ») dans l'Illustration du 30 août 1845, p. 421.

2 En fait, la datation de cette œuvre pose problème. L'exemplaire en fonte ainsi que le modèle conservé à Genève sont signés, sous la barbe du dieu, du nom de Pradier suivi de la date du 4 juin 1852 qui fut celle de son décès. De plus, sous ces inscriptions se trouve un petit motif funéraire représentant une fleur brisée. On est donc amené à penser, comme le suggère Jacques de Caso dans Statues de chair, p. 208, que l'œuvre est devenue, à la demande de Cloquet ou sur la suggestion d'un élève de Pradier qui l'aurait achevé, un hommage, une sorte de mini-monument au sculpteur.

3 Bulletin de la Société des Amis du Vieux Toulon, n° 10, avril-mai-juin 1926, pp. 151-161.



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