Le tombeau de Pradier au cimetière du Père-Lachaise



Les richesses artistiques de nos grands cimetières excitent depuis longtemps, on le sait, les appétits malsains des vandales et des chasseurs de trésors. Le tombeau de Pradier n'en fait plus, hélas, exception, et nous apprenons avec beaucoup de tristesse le vol de trois des huit bas-reliefs décorant la stèle du monument. Si deux des reliefs ont été retrouvés assez rapidement, le troisième, dérobé peu après, fait toujours cruellement défaut sur la façade de la stèle (ill. 1).






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1. Eugène Guillaume, Psyché
Bas-relief en marbre d'après la statue de Pradier
Tombeau Pradier
Paris, cimetière du Père-Lachaise


Exécuté par Eugène Guillaume, le bas-relief manquant représente, comme chacun des autres reliefs encastrés dans la stèle, l'une des grandes sculptures en marbre de Pradier, en l'occurence sa statue de Psyché exposée au Salon de 1824 (ill. 2).





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2. James Pradier, Psyché
Statue en marbre
Paris, Musée du Louvre


Toute personne pouvant fournir des informations qui permettraient de retracer l'œuvre disparue est instamment priée de prendre contact avec nous. Seront également bienvenues toutes suggestions ou propositions relatives à la possibilité de créer une réplique de cette œuvre, dont malheureusement on ne possède ni moule ni modèle. Nous transmettrons ces informations à la famille Pradier, qui est toujours propriétaire du tombeau.

Les deux bas-reliefs récupérés représentent, sur la face latérale gauche de la stèle, la statue d'Un fils de Niobé exposée par Pradier au Salon de 1822, et, sur la face latérale droite, son groupe de Cyparisse et son cerf exposé au Salon de 1833. Ils sont dus respectivement à Jacques-Léonard Maillet et à Hippolyte Ferrat (ill. 3 et 4).



            
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3. Jacques-Léonard Maillet, Un fils de Niobé
Bas-relief en marbre d'après la statue de Pradier
Tombeau Pradier
Paris, cimetière du Père-Lachaise


4. Hippolyte Ferrat, Cyparisse et son cerf
Bas-relief en marbre d'après la statue de Pradier
Tombeau Pradier
Paris, cimetière du Père-Lachaise


Les fissures affectant les deux œuvres se sont peut-être produites lors du vol car elles ne sont pas visibles sur des photos plus anciennes et aucun des autres reliefs restés en place ne présente de tels dégâts.

Le vol et la récupération de ces deux reliefs remonte à l'automne 2003. La disparition du relief de Psyché,  vraisemblablement  imputable au(x) même(s) malfaiteur(s), date de quelques semaines ou de quelques mois plus tard. Sur la découverte des vols et sur l'attitude peu amène dont les administrateurs du cimetière ont fait preuve, M. Jean-Louis Pradier, descendant direct du sculpteur, a bien voulu nous fournir le résumé suivant:

Nous nous sommes retrouvés au pied du monument funéraire à l'occasion de l'inhumation de ma mère le 25 octobre 2003 en fin d'après-midi 1. C'est moi qui ai découvert la disparition des deux sculptures latérales. J'ai immédiatement signalé la disparition de ces œuvres à des gardiens qui se trouvaient dans le secteur. Le vol ne devait pas être très ancien dans la mesure où les parements sous les plaques disparues étaient bien clairs et tranchaient avec la grisaille du tombeau.

Je demande un rendez-vous avec le conservateur du Père-Lachaise et ne l'obtiens pas. Je suis reçu toutefois par un « troisième couteau » dont je n'ai pas retenu le nom. Au cours de cette entrevue, je suis littéralement agressé par M. ... dont la fonction est responsable des travaux. Celui-ci avec une violence verbale extrême m'explique froidement que les « ayants droit » sont quasiment responsables des vols car ils auraient laissé le monument dans un état de délabrement pouvant inciter les vandales à commettre l'outrage que l'on sait. C'est une charge très exagérée qui n'avait pour intention que de masquer les responsabilités de l'Administration. A la sortie de cette entrevue, M. ... , représentant du marbrier, qui m'accompagnait, n'a pu me cacher sa surprise...

Lors d'une visite au Père-Lachaise avec cette même personne, le 14 janvier 2004, on nous annonce que les deux sculptures ont été retrouvées. Renseignements pris elles étaient camouflées sous des tas de feuilles. Elles auraient été trouvées très peu de temps après l'enterrement de ma mère. Personne n'a pris la peine de nous prévenir! Il s'est écoulé deux mois et demi.

Fin mars 2004 je reçois un courrier dans la même veine que la diatribe de M. ... et m'annonçant le vol d'une des figures de la façade. Il s'agit donc d'un nouveau vol pour lequel nous n'avons pu récupérer l'œuvre disparue. Les travaux de ravalement, entièrement pris en charge par moi-même, sont lancés pour un montant d'environ 8.500 €.

Dépôt de plainte a été faite le 1er juin 2004, sans aucune suite.


Grâce à la diligence de M. Jean-Louis Pradier, le monument est aujourd'hui magnifiquement restauré et ses deux reliefs latéraux ont réintégré leur place. Les photos ci-dessous montrent, à gauche (ill. 5), son état avant les travaux et, à droite (ill. 6), son état actuel.



            
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5. Tombeau Pradier
Paris, cimetière du Père-Lachaise
État avant les vols de 2003-2004
6. Tombeau Pradier
Paris, cimetière du Père-Lachaise
État en avril 2006, après restauration


Outre la couronne funéraire entourant une feuille de palmier sur le couvercle du sarcophage et le buste en marbre de Pradier, œuvre d'Eugène Lequesne, posé au sommet de la stèle 2 , la décoration sculpturale complète du tombeau se compose de huit bas-reliefs en marbre exécutés par huit anciens élèves du sculpteur – cinq sur le devant de la stèle, deux sur la face latérale gauche et un huitième, isolé, sur la face latérale droite. Regardons de plus près les reliefs rectangulaires alignés sur le devant de la stèle. Sur la photo de gauche ci-dessous (ill. 7), prise peu après le vol des reliefs latéraux, tous les quatre sont encore intacts mais le renfoncement qu'occupait sur le face latérale droite Cyparisse et son cerf est vide. Sur la photo de droite (ill. 8), prise après la restauration du monument, le relief de Psyché a été remplacé par une simple plaque de marbre.

 

        
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7. Tombeau Pradier (détail)
Paris, cimetière du Père-Lachaise
État fin 2004 (après le vol des reliefs latéraux)


8. Tombeau Pradier (détail)
Paris, cimetière du Père-Lachaise
État avril 2006 (après la restauration)



Le tableau ci-dessous résume les principaux renseignements dont nous disposons sur l'ensemble des reliefs. Les inscriptions et les dimensions ont été relevées sur place en 2006. Pour les trois reliefs dépourvus d'inscriptions (dont Psyché), l'identification des auteurs provient de la description du tombeau donnée en 1897 par Henry Jouin, qui a pu lire à l'époque des signatures aujourd'hui effacées ou se référer à des documents dont nous n'avons pas connaissance 3.


Tableau 1


BAS-RELIEF   D'APRÈS    AUTEUR

EMPLACEMENT

 DIMENSIONS  INSCRIPTIONS

SAPHO



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SAPHO
(Salon de 1852; Orsay)


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Charles Simart
(Troyes 1806–Paris 1857)

François-Clément Moreau
(1831-1865)

Face antérieure, en haut

H. env. 58 cm
L. env. 76 cm

A gauche du tabouret:

SIMART
F. C.  MOREAU

PSYCHÉ



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PSYCHÉ
(Salon de 1824; Louvre)



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Eugène Guillaume
(Montbard 1822–Rome 1905)

Face antérieure, en bas,
1er à partir de la gauche

H. env. 47 cm
L. env. 22 cm

Œuvre volée, aucune
inscription visible
sur les photos prises
avant sa disparition.

NYSSIA



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NYSSIA
(Salon de 1848; Montpellier)



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Augustin Courtet
(1821–1891)

Face antérieure, en bas,
2e à partir de la gauche

H. env. 47 cm
L. env. 22 cm

Sur le bas de
la colonne:

NYSSIA
PRADIER

Sur le devant
de la terrasse:


COURTET
                   PRADIER

PHRYNÉ



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PHRYNÉ
(Salon de 1845; Genoble)



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Antoine Étex
(Paris 1808–Chaville 1888)

Face antérieure, en bas,
3e à partir de la gauche

H. env. 47 cm
L. env. 22 cm

Aucune inscription
visible

LA POÉSIE LÉGÈRE



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LA POÉSIE LÉGÈRE
(Salon de 1846; Nîmes)



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François-Félix Roubaud
(Cerdon 1825–Lyon 1876)

Face antérieure, en bas,
4e à partir de la gauche

H. env. 47 cm
L. env. 22 cm

En bas à gauche:

J. PRADIER
...?...
...?...
F. F. (?) ROUBAUD

PHIDIAS



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PHIDIAS
(Salon de 1827; Louvre)



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François-Clément Moreau
(1831–1865)

Face latérale gauche, en haut

H. env. 47 cm
L. env. 22 cm

Aucune inscription
visible

UN FILS DE NIOBÉ



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UN FILS DE NIOBÉ
(Salon de 1822; Louvre)



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Jacques-Léonard Maillet
(Paris 1823Paris 1894)

Face latérale gauche, en bas

H. env. 50 cm
L. env. 60 cm

En bas à gauche:

J. L. MAILLET
d'après J. Pradier

CYPARISSE
ET SON CERF




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CYPARISSE
ET SON CERF
(Salon de 1833)


Groupe détruit en 1871
dans l'incendie du
palais de Saint-Cloud

Hippolyte Ferrat
(Aix-en-Provence 1822–1882)

Face latérale droite, en bas

H. 50 cm
L. 60 cm

En bas à droite:

1854
D'APRÈS PRADIER
Hte FERRAT
SON ELÈVE

 

En haut de la stèle le relief de Sapho, modelé par Charles Simart, aurait été achevé par François-Clément Moreau, autre élève de Pradier, suite au décès de Simart, d'où la présence des deux signatures 4. Son tabouret bas aux pieds en forme de pattes de biche l'apparente davantage à la statuette en bronze mise en circulation par Susse qu'à la statue en marbre présentée au Salon. Choix curieux quand on sait que lors des premières discussions sur la composition du tombeau c'est bien une réplique en bronze de la statue du Salon qui devait couronner le monument (voir plus loin). On retrouve d'ailleurs le relief de celle-ci sur une gravure parue tardivement (1871) mais exécutée, semble-t-il, d'après un avant-projet sensiblement différent du monument définitif (ill. 11 et 12).

On remarquera l'absence en haut de la face latérale droite de la stèle d'un relief situé au même niveau que le Phidias sur la face latérale opposée. Cette lacune n'est pourtant pas le fait d'un autre pillage car aucune
œuvre ne semble avoir occupé cet emplacement et, soit qu'il n'a pas été fait, soit qu'on l'a supprimé ultérieurement, aucun renfoncement n'y existe pour en recevoir une 5. Il est difficile d'imaginer, par ailleurs, quelle sculpture de Pradier aurait pu servir de modèle à ce neuvième relief. Pour l'équilibre du monument on s'attendrait à y trouver – comme c'est le cas des trois autres reliefs latéraux – un personnage masculin, tout comme les cinq reliefs ornant le devant de la stèle ne représentent que des personnages féminins. Mais force est de constater que Pradier n'a achevé aucune autre grande sculpture en marbre à personnage masculin qui, reprise sous forme de bas-relief, aurait pu faire pendant au Phidias 6. Serait-ce pour cette raison qu'on s'est résigné à laisser vide l'emplacement situé au-dessus de Cyparisse et son cerf ? Il est néanmoins étonnant que ce problème n'ait pas été pris en ligne de compte dès la conception de la décoration sculpturale.


*
*     *


En fait, l'histoire circonstanciée de la genèse et de la construction du tombeau de Pradier reste à faire et il est regrettable que M. Bruno Chenique, grand connaisseur des monuments funéraires, n'ait pu mener à terme ses recherches à ce sujet amorcées en 1985. Joints cependant aux informations que j'ai rassemblées moi-même, les documents et les suggestions qu'il m'a généreusement communiquées permettent d'en esquisser les principales étapes.

Pradier décède, on le sait, le 4 juin 1852 à soixante-deux ans, au cours d'une partie de campagne. Son inhumation au Père-Lachaise a lieu le 9 juin suivant, dans un caveau provisoire
7. La veille, John Pradier avait acquis à l'emplacement du futur monument un terrain de deux mètres « pour y fonder la sépulture particulière » de son père. Le 5 juillet 1853 il y adjoindra une parcelle supplémentaire de 75 cm 8. Eugène Lequesne, exécuteur testamentaire du sculpteur et tuteur de ses trois enfants, prélèvera par la suite, sur les crédits de la succession, une somme de 2.567 francs 50 centimes pour couvrir ces achats ainsi qu'une « partie du prix des travaux de construction du monument funéraire » 9.

Dès le jour de l'inhumation plusieurs anciens élèves du sculpteur manifestent leur volonté de lui élever un monument auquel chacun contribuerait sa part.
Antoine Étex, le plus ancien d'entre eux, racontera plus tard l'histoire de ce projet et des intrigues qui, selon lui, l'auraient fait avorter. Voici le début de son récit:


Le plus ancien des élèves de Pradier [donc Étex lui-même] fut chargé de prononcer un discours sur sa tombe, au nom de ses élèves anciens et nouveaux. [...] Plusieurs d'entre eux, et au cimetière même, lui demandèrent de s'occuper ensemble d'un hommage à rendre à leur maître. Il fut convenu que l'on se réunirait chez celui qui avait prononcé le discours, afin de s'entendre pour lui ériger un tombeau exécuté par ses élèves entre eux.

Huit jours n'étaient pas écoulés, que déjà plusieurs réunions avaient eu lieu, réunions sérieuses composées des vrais élèves de Pradier. Un seul manquait toujours à l'appel, c'était le dernier venu, celui qui, par de savantes manœuvres, avait su s'immiscer dans ses affaires particulières, malgré l'antipathie de Pradier très prononcée contre lui
10.

Il ne nous convient pas d'entrer dans des détails qui répugnent à nos habitudes; qu'il nous suffise de dire, que cette personne nous a écrit plusieurs fois, pour s'excuser de manquer à la réunion des élèves, et pour nous dire qu'elle s'associait de tout son cœur à notre œuvre qui était un juste hommage rendu par nous à la mémoire sacrée de notre maître.

Il y avait donc unanimité parmi les élèves anciens et nouveaux. Unanimes dans nos sentiments, nous allâmes en avant. Il fut décidé par un vote à l'unanimité encore des présents qui étaient Simart, Bovy, Godde, Étex, Guillaume, Vilain, Calmels, Robinet, Ferat [sic], Moreau, etc., que pour rendre plus digne ce témoignage de notre reconnaissance vis-à-vis de celui qui en était l'objet, il n'y avait qu'une manière de le faire, c'était de mettre sa dernière œuvre comme sujet principal sur son tombeau.

Justement, son dernier ouvrage exposé en 1852, sa Sapho, se disposait on ne peut mieux pour couronner le monument, dont les proportions, selon nous, devaient rester modestes. La Sapho devait être exécutée en bronze et être dorée; et, en outre, sur le piédestal, devaient être sculptées en bas-relief, par chacun des élèves de Pradier, ses œuvres capitales, statues et groupes. Tel fut le programme arrêté à l'unanimité. C'était donc tout simplement une œuvre à exécuter de bon accord, entre tous les élèves, et dans ces conditions-là c'était chose facile; car il n'y avait pas, il ne pouvait pas avoir de différence entre les élèves. Chacun y apportait sa part de sentiment et de reconnaissance, et à ce titre-là, il y avait, il devait y avoir égalité complète. Une commission fut choisie parmi les anciens et les nouveaux élèves pour aller chez le directeur des Beaux-Arts, qui promit le marbre pour exécuter le tombeau.

[Étex cite ici un court billet daté du 30 juin 1852 par laquelle Godde, gravement malade, l'informe qu'il ne pourra pas assister à la prochaine réunion des élèves. Trois jours après, se désole Étex, Godde était mort.]

Mercier, l'un des anciens élèves de Pradier, absent de Paris, m'écrivait qu'il était tout prêt à exécuter sa part de l'œuvre, et M. Bovy également. Vilain, occupé d'un travail important à Rouen, prenait le chemin de fer et arrivait au milieu de nous. Simart était au nombre des trois élèves reçus par le directeur des Beaux-Arts avec Robinet. Guillaume n'avait pas manqué à une seule réunion, non plus que Calmels, Simart, Robinet, etc. Ceux qui étaient encore à Rome avaient écrit qu'ils se joignaient à nous. [Note d'Étex: M. Garnaud, l'architecte, l'ami de Pradier, avait assisté à presque toutes nos séances.] Salvator [Marchi], le mouleur de Pradier depuis plus de quinze ans, proposait de mouler gratuitement le marbre de la Sapho et d'en fournir un plâtre pour la fonte, ainsi que de mouler pour rien tout ce qui aurait rapport au tombeau de son patron 
11.



Ralliés ainsi autour d'Étex, huit des anciens élèves se joindront à lui pour adresser au ministre des Beaux-Arts une description sommaire de leur projet :


Paris, le 25 Juin 1852                              

Monsieur le Ministre


La France vient de faire une perte irréparable pour l'art en la personne de Monsieur Pradier. Ses élèves réunis spontanément ont désiré lui témoigner leur reconnaissance en érigeant un monumnet au cimetière du Père-Lachaise où il est enterré.

Ils ont pensé lui rendre un digne hommage en plaçant son dernier ouvrage sur la terre où il repose. Sa statue de Sapho coulée en bronze couronnerait le monument. Dans leur projet, un piédestal serait ornée de figures allégoriques sculptées par chacun d'eux: ces figures rappelleraient les qualités de l'artiste éminent regretté par tous les amis des arts; sur un second socle de la statue de Sapho régnerait une frise où seraient représentés ses principaux ouvrages, complétant ainsi l'œuvre pieuse et reconnaissante.

Nous venons, Monsieur le Ministre, vous demander au nom de ses élèves, au nom de tous les artistes, votre appui, le concours de l'administration des Beaux-Arts.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de notre profond respect
12.

Simart
1er Gd Prix de Rome
chevalier de la légion d'honneur
Ante Bovy
chevalier de la légion d'honneur
A. ETEX
second grand prix
chevalier de la légion d'honneur
C. Godde
1er Grand prix de Rome
Robinet
1er second grand prix de Rome
P[our] V. Vilain, le délégué A. Étex
grand prix de Rome
et chevalier de la légion d'honneur
An. Calmels
1er second grand prix de Rome
Hippolyte Ferrat
second grand prix de Rome
et Pour Mercier



Parmi ces signataires, seuls Étex, Ferrat et Simart contribueront à la décoration du monument définitif, lequel, à part les bas-reliefs, n'aura rien en commun avec ce premier projet. Charles-Joseph Godde (1821-1852), deuxième – et non premier– prix de Rome en 1841 disparaîtra, on l'a vu, quelques jours après avoir signé la pétition. Antoine Bovy (1795-1877), qui n'avait fait qu'un court passage à l'atelier de Pradier dans les années 1820, avait tôt abandonné la sculpture pour se consacrer principalement à la gravure en médailles. Restent Pierre-Alfred Robinet (1814-1878), deuxième prix de Rome en 1840; Victor Vilain (1818-1899), premier prix en 1838; Célestin-Anatole Calmels (1822-1906), deuxième prix en 1839; et Michel-Louis-Victor Mercier (1810-1894). L'un ou l'autre aurait pu se charger du neuvième relief. Mais on songe aussi à d'autres élèves, à Eugène-Émile Thomas (1817-1882), par exemple, qui fera la statuette de Pradier en 1846 et exposera son buste au Salon de 1867. Ou bien à Gustave Crauk (1827-1905), premier prix en 1851, qui, pensionnaire à Rome, enverra au Salon de 1853 le bas-relief d'un Projet de monument à Pradier dont on n'entendra plus parler 13 .

Mais bien avant l'envoi de Crauk le projet proposé en juin 1852 sera brutalement repoussé, non pas, à en croire Étex, par le ministère des Beaux-Arts, mais bien par les héritiers mêmes du sculpteur, sous l'impulsion intéressée de Lequesne. Continuons notre lecture d'Étex, qui redouble d'indignation contre celui qu'il considère comme responsable de cet échec:



L'œuvre allait donc s'accomplir, simplement, au nom de tous et par tous. Il n'y avait pas là une personnalité primant l'autre, et cela ne faisait pas l'affaire de celui qui, plus tard, à tout pris de Pradier, son atelier, sa clientèle, son nom même, puisqu'il a osé signer le sien à côté de celui du maître 14. [...] Aussi ce fut une grande tristesse parmi les élèves, le jour où réunis pour recevoir communication des encouragements de l'administration à notre œuvre pieuse, et recevoir la bonne novuelle du marbre accordé pour l'exécution de l'œuvre commencée, du tombeau de Pradier, on apporta à cette réunion la lettre, lettre fatale, qui, au nom de la famille, nous intimait l'ordre formel de tout suspendre jusqu'à nouvel avis. Le moment n'étant pas jugé opportun par la famille, disait-on, pour s'occuper du tombeau de Pradier!... [Note d'Étex: Nous avons conservé cette lettre et celles relatives au tombeau, ainsi que les procès-verbaux des séances tenues par les élèves, et nous sommes prêt à les montrer à qui de droit.] Ceci était déjà assez fort, n'est-ce pas? Car, qui donc aurait le pouvoir d'empêcher de manifester un témoignage éclatant de reconnaissance par des élèves pour leur maître? Qui donc?... Cela ne s'est jamais vu, et cela ne se peut pas? Mais il y a eu quelque chose de plus grave, de plus fort et de plus extraordinaire encore, tant il paraîtrait que cet homme est convaincu de son impuissance et de sa faiblesse, tant il a en haine, et tant il a peur de la vérité, et de tout ce qui veut tenter de s'élèver et de s'exprimer noblement. [...]  15


Ne se laissant pas décourager pour autant, Étex se fera fort d'envoyer au prochain Salon une esquisse en plâtre du projet. Peine perdue car l'implacable empêcheur de tourner en rond était toujours de faction...


Au Salon de 1853, sous le n° 1331, j'ai envoyé, me rappelant et mon devoir et mon titre incontestable du plus ancien élève de Pradier, un petit modèle en plâtre de son tombeau, exécuté par moi, sur le programme arrêté par les élèves réunis en juin 1852. Il était d'usage alors d'admettre trois ouvrages de chaque artiste exposant, ce petit modèle comptait pour l'un des trois ouvrages que j'avais envoyé à l'expositon. J'étais décoré depuis le tombeau de Géricault, depuis 1841, et placé dans la catégorie des admis à l'exposition sans examen de jury. J'entre le livret à la main, je vois page 226, n° 1331, projet de tombeau de Pradier, esquisse. Je cherche dans les salles de l'exposition, pas de modèle de tombeau de Pradier. Je viens m'informer auprès de l'administration pourquoi mon modèle n'était pas exposé. Il m'est répondu que ce même homme, toujours lui, si fort dans la chicane, a eu, je ne saurais comment qualifier sa conduite, l'audace de demander, au nom de la famille Pradier, d'enlever mon modèle de l'exposition. [...] Et c'était toujours lui, le sculpteur amateur, dont le nom serait complètement resté dans l'oubli sans la mort de Pradier. [...]  16


Étex placera en tête de son étude sur Pradier cette eau-forte de son projet 17.



      
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9. Antoine Étex, Tombeau de Pradier (projet)
Dessin du modèle qui fut retiré du Salon de 1853


On constate d'emblée que la statue de Sapho n'est pas celle du Salon de 1852, qui pourtant était prévue à l'origine, mais la variante commercialisée en bronze par Susse, assise sur un tabouret bas, sa lyre posée derrière elle. Un portrait du sculpteur en médaillon entouré de deux putti orne le devant du socle sous le nom « PRADIER » (inscrit de droite à gauche). Sur le côté gauche, au-dessus du nom « ETEX » et la date 1852 (régulièrement inscrits de gauche à droite), trois cariatides séparées par des colonnes soutiennent une frise composée de sept petits bas-reliefs représentant des œuvres de Pradier. Celles-ci, à peine suggérées, sont difficilement identifiables. Sur l'eau-forte imprimée on peut deviner avec plus ou moins de certitude Psyché, Satyre et Bacchante, Vénus, Un fils de Niobé et La toilette d'Atalante. Impossible, évidemment, de savoir quels reliefs auraient décoré le côté opposé du socle et le côté arrière.

En cette même année 1853, au moment où Étex déplore avec amertume la mise en quarantaine de sa petite esquisse, on procède à la translation des restes du sculpteur vers l'emplacement du futur monument. Nous avons la chance de posséder sur cette opération un compte rendu détaillé adressé par Guillaume à Louise Pradier qui nous renseigne en même temps sur l'état d'avancment du tombeau 
18.


Madame,

C'est le vendredi 26 août à 8 heures du matin qu'a eu lieu la triste cérémonie de la translation des restes de Monsieur Pradier. Les choses ont été trouvées dans leur état primitif: le cercueil tout-à-fait intact, reconnaissable aussi bien à la plaque qui y était attachée qu'à une inscription au crayon que nous avions mise dans un endroit hors de la vue; les couronnes cueillies à Bougival et celles faites à Paris et déposées ensemble dans le tombeau. Leur conservation montrait clairement que si l'eau avait pénétré dans le caveau, elle ne s'était point élevée, comme on pouvait le craindre, jusqu'à la place qu'occupait Monsieur Pradier. Le transport et le dépôt ont été opérés avec les égards convenables; les couronnes trouvées sur la bierre [sic] n'en ont point été séparées; et la fosse a été en notre présence close et hermétiquement scellée. Enfin des ordres ont été donnés pour qu'en attendant l'élévation du monument, la pierre et les couronnes déposées par vous et vos enfants viennent distinguer le massif d'attente.

M
r Garnaud avait apporté un nouveau projet qui nous a paru préférable aux précédens et surtout plus propre à fixer les regards. On devait en faire une esquisse dans mon atelier et j'attendais qu'elle fut arrêtée pour vous écrire et vous en donner une idée. Mais je ne vois rien paraître et je me reprocherais de vous laisser ignorer plus longtemps le fait si essentiel et si longtemps désiré de la prise de possession du terrain. L'esquisse viendra quand il plaira à Mr Garnaud. Ce que j'en puis dire jusqu'à présent, c'est que le dessein est d'un bon style et surtout d'un bon effet. D'ailleurs le tombeau sera beaucoup plus en vue que vous n'en avez pu juger d'après la première excavation: ce qu'on voit maintenant des fondations indique qu'il sera placé obliquement à l'allée qu'il borde et par conséquent en face de l'avenue du tombeau Demidoff, ainsi que vous l'aviez d'abord pensé. Enfin, Madame, sans revenir à la contestation qui s'est élevée entre les entrepreneurs, puisqu'elle est terminée et que le monument reste à Ramon, je crois pouvoir vous affirmer que vous n'aurez point perdu au change. Nous avons vu un tombeau exécuté sous la direction de Ramon qui est vraiment supérieurement traité.

Tels sont les détails que j'étais bien désireux de vous transmettre. Pendant les derniers temps de votre séjour à Paris vous vous étiez reposée sur moi du soin de suivre attentivement ces détails et vous m'aviez prié de vous en rendre compte. Je le fais aujourd'hui en ayant toujours à me plaindre de retards sans fin, mais cependant avec la satisfaction de vous faire part de l'espoir que j'ai que tout se terminera mieux qu'on ne pouvait croire.

J'ai bien regretté, Madame, que ma mauvaise santé m'ait empêché de prendre congé de vous et, qu'étant allé au chemin de fer le dimanche matin, j'aie manqué votre départ. J'ai eu aussi la peine que votre voyage vous ôtant de Paris, la Saint-Louis votre fête se soit passée sans que j'aie eu le plaisir de vous la souhaiter. N'en croyez pas moins, Madame, aux vœux respectueux et sincères que j'ai faits pour vous à cette occasion, et après m'avoir bien affectueusement rappelé au souvenir de vos enfants, veuillez, je vous prie, recevoir l'assurance de tout mon dévouement
.

Eugène Guillaume      
4 septembre      


Lettre émouvante où nous apprenons entre autres choses que si, lors de la cérémonie de translation le 26 août 1853, les fondations du tombeau étaient déjà posées et une fosse pouvant être « hermétiquement scellée » était déjà aménagée, la construction du monument lui-même, remportée de haute lutte par l'entrepreneur Ramon, n'avait pas encore démarré. Par ailleurs, la mention de l'orientation et de la localisation des fondations confirme qu'il s'agit bien de l'emplacment du monument actuel, qui est effectivement orienté obliquement par rapport à l'allée qu'il borde (le Chemin Molière-La Fontaine), faisant face au Chemin du Dragon qui se dirige vers le tombeau Demidoff. Enfin, nous apprenons surtout que le monument est désormais confié à Garnaud, lequel, ayant déjà dessiné plusieurs projets, met quelque lenteur à fournir un modèle du dernier.

Élève de Vaudoyer et prix de Rome en 1817, l'architecte Antoine-Martin Garnaud (Paris 1796-1861) avait séjourné avec Pradier à la Villa Médicis en 1818 et les liens d'amitié entre les deux hommes furent durables. Pradier le cite en 1844, ainsi que son épouse, sur une liste des « personnes qui fréquentaient le plus souvent [s]a maison » 
19 . John Pradier écrira en 1877: « Mme Garnaud est la veuve d'un vieil ami de mon père qui avait été en même temps que lui pensionnaire de la Villa Médicis à Rome comme grand prix d'Architecture. Ils étaient fort liés ensemble et mon père lui disait toujours: "Garnaud, c'est toi qui fera mon tombeau. Ce qu'il a fait en effet." » 20 . Il composera auparavant, avec Horace Vernet, le piédestal du monument du duc Ferdinand d'Orléans commandé à Pradier pour Versailles en 1842. On cite surtout parmi ses autres travaux, également au Père-Lachaise, la chapelle Bibesco-Brancovan 21.

Après la lettre adressée en 1853 par Guillaume à Louise Pradier il nous faut attendre plus de quatre ans pour avoir d'autres nouvelles du tombeau. On apprend alors, par un court article publié en 1857 dans L'Illustration et accompagné d'une gravure (ill. 10), que le monument est maintenant construit mais que les bas-reliefs destinés à le décorer ne sont toujours pas installés
22 .


      
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10. Tombeau Pradier
Paris, cimetière du Père-Lachaise
Anonyme, L'Illustration, 7 nov. 1857



Cette gravure montre effectivement qu'à part le buste posé au sommet de la stèle (au-dessus d'une plaque inscrite « PRADIER STATUAIRE » sur l'emplacement futur de Sapho), et la couronne funéraire sur le couvercle du sarcophage avec sa feuille de palmier (dont la tige, curieusement, est à droite et non à gauche comme sur le tombeau actuel), le monument est encore absolument nu.

L'article de L'Illustration évoque en même temps que le tombeau de Pradier le nouveau tombeau de David d'Angers (1788-1856) et en donne également
une gravure. Lisons maintenant cet article:


Le jour des Morts.

Les nombreux visiteurs que la solennité du jour des trépassés conduisait lundi dernier au cimetière du Père-Lachaise s'arrêtaient avec intérêt devant les deux monuments que le culte de la famille, de la reconnaissance et de l'amitié viennent de consacrer à la mémoire des deux grandes illustrations de la statuaire moderne si récemment enlevées à l'art: Pradier et David d'Angers.

Le monument qui recouvre la tombe de Pradier est l'œuvre de M. Garnot [sic], architecte. Dans une niche qui termine sa forme pyramidale, on a placé le buste du célèbre sculpteur, exécuté par M. Lequesne; c'est ce buste colossal dont le modèle doré a été si remarqué à l'exposition des beaux-arts, faite en 1852 dans les salons du Palais-Royal. Divers bas-reliefs, destinés à représenter les œuvres les plus remarquables de Pradier, prendront place autour de la pyramide; le sort, chargé de repartir entre ses principaux élèves l'exécution de ces bas-reliefs, avait désigné pour la Sapho M. Simart, qui a pu heureusement parfaire, avant que la mort l'eût si inopinément réuni à son maître, le bas-relief qui décorera la partie antérieure de sa dernière demeure.

Le monument funéraire de David d'Angers, élevé par les soins de sa veuve sur les dessins de M. Isabelle, présente un caractère de force et de gravité en harmonie avec le talent sévère du statuaire dont le ciseau désintéressé a si vigoureusement taillé l'effigie de presque tous les hommes illustres de son temps. Une large courone de bronze, puissamment modelée par M. Toussait, a été suspendue au granit du monument de David d'Angers, comme un hommage collectif de ses nombreux élèves, parmi lesquels on compte déjà des maîtres. [signé:] G.F.
23


Il est piquant de trouver réunis ici les monuments funéraires de ces deux camarades d'études qui, assez liés au début de leur carrière mais diamétralement opposés par leur caractère et leurs conceptions de l'art, n'ont pas tardé à se vouer mutuellement aux gémonies!

Ainsi donc, si aucun des relief n'était encore en place en 1857, Simart, qui venait de disparaître, avait au moins modelé le sien. Est-ce ce monument nu qu'Étex, toujours acharné contre Lequesne, a vu peu de temps avant de rédiger les lignes qui clôturent son étude sur Pradier?


Maintenant, avec tous ceux qui passent devant le tombeau de Pradier, nous avons le droit de vous demander, à vous, qui nous avez empêchés de remplir notre tâche, de vous demander compte de ce qui est placé là-haut sur le pauvre corps de notre maître Pradier, au cimetière du Père-Lachaise, là où il repose dans le sein de l'éternité!... Qu'avez-vous fait, Monsieur, de cette bonne volonté, de cet élan des élèves en 1852, si pleins de reconnaissance pour la mémoire de leur maître adoré? Les uns vous ont refusé de prendre part à votre action, d'autres, plus timides, ou plus engagés peut-être par leur position personnelle, ont apporté, en gémissant de vos intrigues, leur part de dévouement, quelque minime qu'elle paraisse?... Qu'en avez-vous fait, Monsieur? Qu'en avez-vous fait depuis plus de six ans 24 ?



Il n'empêche que le malheureux Étex, lui aussi, acceptera – déjà avant 1859? – d'apporter sa « part de dévouement » à la décoration du tombeau. Il exécutera en bonne et due forme, on l'a vu, le relief de Phryné ancré bien en vue (mais pas signé?) sur la façade de la stèle, sous le buste en marbre de son maître exécuté par... Lequesne.




*
*     *

 

Reste à savoir quand, exactement, les bas-reliefs ont finalement intégré leur place. On croit avoir trouvé au moins un terminus post quem non en découvrant la gravure du monument publiée en 1871 par César Daly dans son Architecture funéraire contemporaine (ill.  11) 25 :


            
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11. Tombeau de Pradier, sculpteur-statuaire
(Cimetière de l'Est, à Paris)
par M
r Garnaud, arch
te.
Gravure de Jean-Joseph Sulpis publiée dans
César Daly, Architecture funéraire
contemporaine
, 1871

 

Mais un doute agaçant s'installe aussitôt qu'on s'amuse à "chercher les sept erreurs" qui existent entre cette gravure (ill. 12) et le tombeau actuel (ill. 13). En effet, plusieurs divergences sautent immédiatement aux yeux.

 

            
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12. Tombeau de Pradier, sculpteur-statuaire
(Cimetière de l'Est, à Paris)
par M
r Garnaud, archte .
Gravure de Jean-Joseph Sulpis (détail)
dans César Daly, Architecture funéraire
contemporaine
, 1871

13. Tombeau Pradier
Paris, cimetière du Père-Lachaise
État avant les vols de 2003-2004 (détail)


On s'aperçoit de prime abord, comme nous l'avons signalé plus haut, que sur la gravure le bas-relief de Sapho représente, non la statuette en bronze avec son tabouret qui a servi de modèle au relief existant, mais bien l'œuvre en marbre exposée au Salon de 1852. De surcroît, les parois du monument représenté sur la gravure sont richement ornées de rinceaux et de motifs géométriques alors que, sauf autour de la niche abritant le buste du sculpteur (cf. ill. 6), le monument actuel ne comporte aucune décoration de ce genre. On remarquera aussi que sur la gravure – comme sur celle de L'Illustration, mais plus haut et sans le qualificatif « STATUAIRE » – le nom « PRADIER » figure sur la stèle et non sur le sarcophage comme c'est le cas aujourd'hui. D'autres différences ressortent d'un examen attentif des cinq autres reliefs visibles sur la gravure (Tableau 2).


Tableau 2


GRAVURE BAS-RELIEF DIFFÉRENCES
PSYCHÉ

PSYCHÉ



La Psyché gravée n'a pas de papillon sur
l'épaule, sa draperie ne descend pas jusqu'à
ses pieds et son pied gauche n'est pas posé
sur un tabouret.
NYSSIA

NYSSIA



Les cheveux de la Nyssia gravée ne recouvre
pas son sein droit, son pied gauche ne s'appuie
pas sur un coussin et le support à sa droite
diffère sensiblement du support du relief.
???

PHRYNÉ



La figure gravée ne ressemble guère à la
Phryné du relief: habillée différemment,
elle ne remonte pas de sa main droite la
draperie derrière son dos et semble tenir
dans sa main gauche, comme la statuette
La Lecture, un objet qui pourrait être un
style.
PHRYNÉ (?)

LA POÉSIE LÉGÈRE



La figure gravée est privée de cithare et ne
ressemble guère à la Poésie légère. Elle se
rapproche davantage de la statue de Phryné
ou de la statuette de L'Étoile du berger
(Le Jour)
.
CYPARISSE
ET SON CERF


CYPARISSE
ET SON CERF


\


Le Cyparisse gravé n'appuie pas son genoux
gauche contre l'arbre et ne passe pas
derrière sa jambe droite le feuillage plié
vers son cerf. A remarquer aussi qu'il
paraît être moitié moins haut que les reliefs
rectangulaires décorant le devant de la stèle
(cf. ill. 12) tandis que les reliefs en marbre
sont de la même hauteur.



On ne peut que spéculer sur l'origine de ces divergences. Il est possible, comme nous l'avons déjà suggéré, que la décoration du monument en 1871 fût celle que nous connaissons aujourd'hui et que l'auteur de la gravure Daly se soit contenté de reproduire les détails d'un projet de Garnaud que le monument définitif n'a pas entièrement suivi. Mais il est aussi possible qu'à l'époque où la gravure fut publiée la stèle du tombeau attendît encore ses bas-reliefs, ou du moins certains d'entre eux. Il paraît certain en tout cas qu'ils étaient tous bien en place au moment où Henry Jouin les a étudiés en 1897. Le dépouillement des journaux de l'époque ou la découverte d'autres documents pourra éventuellement apporter des réponses à ces questions et nous renseigner mieux sur l'histoire particulière de chacun des reliefs. Espérons seulement – et c'est là un vœu bien plus urgent – que la pauvre Psyché envolée retrouvera un jour sa place au milieu de ses frères et sœurs.

Pour conclure, rappelons à ceux qui souhaiteraient visiter ou revisiter le tombeau de Pradier, qu'il se trouve dans la 24
e Division du Père-Lachaise, au début du Chemin Molière-La Fontaine, et qu'on y arrive facilement par la Porte Principale du cimetière, bd de Ménilmontant, en remontant l'Avenue Principale et l'Avenue Latérale du Sud jusqu'au Monument aux Morts d'Albert Bartholomé et en continuant ensuite sur la droite par le Chemin Talma et le Chemin du Bassin. Pour voir un plan du cimetière en format PDF, cliquez ici . Bonne promenade et bonne visite!


DOUGLAS SILER     
(mise en ligne le 21 mars 2008)  
   

Remerciements

à M. Claude Lapaire qui m'a signalé les vols des bas-reliefs;
à M. et Mme Jean-Louis Pradier pour leur résumé des événements entourant les vols et pour leurs photos du monument;
à M. Eric Olbrechts pour ses magnifiques photos du monument restauré;
à M. Bruno Chenique pour les nombreux renseignements et documents qu'il m'a communiqués à partir de 1986.






APPENDICE I

Plaques funéraires sur le tombeau Pradier



CÔTÉ GAUCHE


BAS DE LA STÈLE
SOCLE DU SARCOPHAGE      



          emplacement vide          













Vve JOHN PRADIER
NEE LINA
ACKERMANN
METZ 22 MAI 1847
    PARIS 3 JANVIER 1930     



JEAN JACQUES
DIT
JOHN PRADIER
 ARTISTE PEINTRE 
21 MAI 1836
             26 JUIN 1912             



               plaque vide               






              plaque vide               






CÔTÉ DROIT


SOCLE DU SARCOPHAGE     
BAS DE LA STÈLE

  JAMES LUDOVIC CARLE  
PRADIER
6 JUIN 1877
      2 JUILLET 1936      

 

AMÉLIE-ADELAÏDE ANDRÉE
PRADIER
NÉE DE ROGUIER
+
          2 NOVEMBRE 1906          


JAMES LOUIS FRANCIS
PRADIER
 INGÉNIEUR CHIMISTE
11 FÉVRIER 1869
       29 DÉCEMBRE 1901      














FRÉDÉRIC
PRADIER
1954-1999    
                     ____                    



    JEAN-JACQUES PRADIER    
1916-1992
_________

ANNE PRADIER
NÉE RAPP
1917-2003


Notes sur les personnes inhumées au caveau Pradier, cimetière du Père-Lachaise, 24e division, concession perpétuelle n° 404 :

  1. Vve John Pradier, née Lina Ackermann, est l'épouse de Jean-Jacques, dit John Pradier;

  2. Jean-Jacques, dit John Pradier est le fils unique de Jean-Jacques, dit James Pradier (le sculpteur), et de Louise d'Arcet;

  3. James-Ludovica-Carle Pradier, dit Carlo, est le troisième et dernier fils de John Pradier et de Lina Ackermann;

  4. Amélie-Adelaïde-Andrée Pradier, née De Roguier, est la première épouse de James Ludovica Carle Pradier qui épousa en secondes noces Marguerite Cartaud , enterrée au caveau Dupont (voir plus loin);

  5. James-Louis-Francis Pradier est le premier fils de John Pradier et de Lina Ackermann (sans descendance);

  6. Frédéric Pradier est le fils de Jean-Jacques Pradier et d'Anne Rapp (sans descendance);

  7. Jean-Jacques Pradier est le fils de James-Ludovica-Carle Pradier, dit Carlo, et de Marguerite Cartaud;

  8. Anne Pradier, née Rapp, est la femme du précédent.


Membres et alliés de la famille Pradier inhumés au caveau Dupont, cimetière du Père-Lachaise, 14e division, concession perpétuelle n°403:

  1. Marie-Catherine Ruaux, mère d'Antoine-Florent Dupont, décédée en 1831;

  2. Antoine-Florent Dupont, architecte, décédé en 1832 à l'âge de 27 ans, fils de Marie-Catherine Ruaux et premier époux de Louise Pradier, née d'Arcet;

  3. Maurice David (1867-1897), fils de Thérèse Pradier et de Jules David;

  4. Thérèse Pradier (1839-1915), épouse de Jules David, fille de James Pradier et de Louise d'Arcet;

  5. Andrée Pradier (1910-1942), fille de James Ludovica Carle Pradier et de Marguerite Cartaud;

  6. Marguerite Cartaud (1878-1975), deuxième épouse de James Ludovica Carle Pradier.


Membres et alliés de la famille inhumés au caveau d'Arcet, cimetière du Père-Lachaise, 34e division, concession perpétuelle n° 466:

  1. Clémence d'Arcet (1810-1820), première fille de Jean-Pierre-Joseph d'Arcet et de Claire Choron (sans descendance);

  2. Jean-Pierre-Joseph d'Arcet (1777-1844);

  3. Claire Choron (1787-1871), épouse de Jean-Pierre-Joseph d'Arcet;

  4. B. Emmanuel Sano (1822-1878), époux de Marie Le Coëntre;

  5. Joseph-Modeste-Ulysse Le Coëntre (1805-1879), époux de Pauline d'Arcet;

  6. Louise d'Arcet (1814-1885), deuxième fille de Jean-Pierre-Joseph d'Arcet et de Claire Choron, épouse du sculpteur;

  7. Jules Pradier (1871-1886), deuxième fils de John Pradier et de Lina Ackermann (sans descendance);

  8. Pauline d'Arcet (1821-1905), troisième et dernière fille de Jean-Pierre-Joseph d'Arcet et de Claire Choron, épouse de Joseph-Modeste-Ulysse Le Coëntre;

  9. Marie Le Coëntre (1847-1926), fille de Joseph-Modeste-Ulysse Le Coëntre et de Pauline d'Arcet, épouse de B. Emmanuel Sano;

  10. Jeanne-Marie Sano (1876-1932), fille de B. Emmanuel Sano et de Marie Le Coëntre.


Quelques autres membres et alliés de la famille, inhumés ailleurs:

  1. Félix d'Arcet (1807-1846), fils unique de Jean-Pierre-Joseph d'Arcet et de Claire Choron, mort et enterré à Rio de Janeiro (sans descendance);

  2. Charlotte Pradier (1834-1855), première fille du sculpteur et de Louise d'Arcet, enterrée à Huismes, aux environs de Chionon (Loire), près de la propriété de son époux, Léopold Delagarde (1824-1890) (sans descendance);

  3. Claire Pradier (1826-1846), fille du sculpteur et de Juliette Joséphine Gauvain, dite Juliette Drouet, enterrée au cimetière de Saint-Mandé (sans descendance);

  4. Juliette Joséphine Gauvain, dite Juliette Drouet (1806-1883), enterrée au cimetière de Saint-Mandé;

  5. Odette Pradier (1909-1995), première fille de James-Ludovic-Carle Pradier, dit Carlo, et de Marguerite Cartaud, enterrée au cimetière du Père-Lachaise auprès de son époux, Roger Émile Liétart, dit Jacques Liétart (1912-1940) (sans descendance).

 

 



Notes sur le texte

1 Anne Rapp, épouse de Jean-Jacques Pradier, née à Besançon le 16 novembre 1917, décédée à Paris le 21 octobre 2003. Sur les autres personnes inhumées au caveau Pradier, voir ci-dessus l'Appendice I.

2 Ce buste est sans doute une réduction en marbre – avec l'ajout d'une couronne de lauriers – de l'autoportrait « colossal » en plâtre doré exécuté par Pradier en collaboration avec Lequesne (et, selon certaines sources, avec Guillaume), dont Théophile Gautier fit l'éloge dans son « Salon de 1852 » (La Presse, jeudi 10 juin 1852). Quelques semaines plus tard on pouvait lire dans le Journal de Genève: « Nous apprenons que Genève va posséder un buste de notre illustre concitoyen Pradier, œuvre du célèbre sculpteur lui-même. Il paraît que Pradier avait conçu la pensée d'offrir à sa ville natale cet ouvrage doublement précieux pour elle, car le buste dont il s'agit avait été exposé au dernier salon avec cette note: Destiné à la ville de Genève. L'administration vient de recevoir de M. Lequesne, tuteur des enfants de Pradier, l'avis que Genève pouvait dès à présent considérer le buste du grand artiste comme lui appartenant. » (Journal de Genève, 30 juillet 1852, « Faits divers », p. 3) Cinq ans plus tard un article de L'Illustration signalait: « Le monument qui recouvre la tombe de Pradier est l'œuvre de M. Garnot [sic pour Garnaud]. Dans une niche qui termine sa forme pyramidale, on a placé le buste du célèbre sculpteur, exécuté par M. Lequesne; c'est ce buste colossal dont le modèle doré a été si remarqué à l'exposition des beaux-arts, faite en 1852 dans les salons du Palais-Royal » (G.F., « Le jour des Morts », L'Illustration, 7 novembre 1857, p. 320). Entre-temps une délibération du conseil de famille avait autorisé Lequesne à faire exécuter par Barbedienne une réduction du buste, dont l'opération de moulage fut payée 452 francs à Salvator Marchi (A.N., étude Guénin, XCI-2012, « État liquidatif de la succession de M. Pradier », 20 mai 1854.) Le Musée d'Art et d'Histoire de Genève possède bien un buste colossal de Pradier haut de 100 cm, signé à droite « J. Pradier » et à gauche « E. Lequesne », « coulé d'après un buste donné par la famille Pradier » (L. Gielly, « Les Pradier du Musée de Genève », Genava. Bulletin du Musée d'Art et d'Histoire de Genve, III, 1925, p. 352, n° XXCII, inv. 1852-13). Ce buste, qui est en bronze et n'est pas doré, fut commandé à Lequesne en 1869 par la Ville de Genève et a figuré d'abord au Jardin anglais de Genève avant d'être transféré au musée (voir Statues de chair, p. 237). Le musée de Genève possède également un buste en plâtre inscrit « J. Pradier » sur le piedouche et haut de 62 cm, donné en 1910 par la veuve du sculpteur Gustave Crauk (inv. 1910-82). Il ne paraît pas avoir été doré. Enfin, la famille Pradier possède un buste en bronze du sculpteur, fonte Susse Frères, H. 28 cm.

3 Les Nouvelles Archives de l'Art français, Tome XIII, 1897, p. 174. Signalons que Jouin, et plus tard Lami (Dictionnaire des sculpteurs de l'École française du dix-neuvième siècle, Paris, Champion, 1914-1921, article « Pradier »), appellent tous deux le relief de Phidias « Pelion », le confondant avec l'un des Titans ou Géants, que Pradier ne semble jamais avoir représentés en sculpture. Mais peut-être s'agit-il d'une simple faute typographique dans l'ouvrage de Jouin, reprise par Lami.

4 Cf. L'Illustration du 7 novembre 1857, p. 320: « le sort, chargé de repartir entre ses principaux élèves, l'exécution de ces bas-reliefs, avait désigné pour la Sapho M. Simart, qui a pu heureusement parfaire, avant que la mort ne l'eût si inopinément réuni à son maître, le bas-relief qui décorera la partie antérieure de sa dernière demeure. » On connaît de François Moreau une statuette en bronze dite La Musicienne, dérivée de la Sapho (vente Galerie Koller, Zurich, 17 mars 2008, et Konrad Antiquitäten, Ellhofen, Allemagne).

5 Henry Jouin signalera en 1897 (op. cit., p. 174) qu'une « place réservée sur l'une des faces latérales pour recevoir un bas-relief est restée vide ». Il est possible mais peu probable qu'un renfoncement ait été supprimé à cet emplacement lors d'une première restauration effectuée par la famille Pradier en 1967 – restauration sur laquelle je n'ai malheureusement aucune information précise.

6 Le fait que ce devait être non seulement un personnage masculin mais aussi, comme Phidias, un personnage masculin debout, a pu exclure la statue de Prométhée, qui est allongée, ainsi que les statues assises du Rhöne et du Gardon à la fontaine de Nîmes. Étaient exclus d'office, bien entendu, les statues de contemporains et de personnages historiques.

7 Comme l'atteste l'acte de décès dressé le 5 juin 1852 à la mairie de Rueil, et contrairement à ce qu'on a souvent écrit, Pradier est mort non le 5 juin mais le 4 juin 1852, à dix heures et demi du soir, et non à Bougival mais au 150 rue des Mesmes à Rueil. Cette adresse était sans doute celle de la maison de campagne d'Eugène Forcade, financier, publiciste et collaborateur de la Revue des Deux-Mondes, chez qui Pradier et ses amis étaient invités ce jour-là à dîner. Voir à ce sujet notre échange de courrier avec M. Pierre Lary. A propos de l'inhumation provisoire, Bruno Chenique a trouvé aux archives du Père-Lachaise la mention d'un caveau Brizard-Case. Certains articles nécrologiques mentionnent que la dépouille du sculpteur fut déposée dans un caveau où était aussi déposée provisoirement la dépouille du général Boyer, ancien président du Haïti. Jean-Pierre Boyer, né en 1776 à Port-au-Prince, avait vécu pendant plusieurs années en exil à Paris où il est mort le 9 juillet 1850. Son tombeau au Père-Lachaise est voisin du tombeau d'Alfred de Musset.

8 Informations relevées par Bruno Chenique aux archives du Père-Lachaise.

9 A.N., étude Guénin, XCI-2012, « État liquidatif de la succession de M. Pradier », 20 mai 1854. Ce même document, qui comptabilise les dépenses prélevées ou à prélever sur la succession ainsi que les montants encore dus par les créditeurs, mentionne parmi les dépenses prévues celles du « tombeau à élever à M. Pradier » auxquelles l'État s'était chargé de contribuer 6.000 francs. Cette contribution s'est probablement concrétisée sous forme de marbres. Voir la note 12 ci-dessous ainsi que plus loin les remarques d'Antoine Étex à propos du premier projet du tombeau: « Une commission fut choisie parmi les anciens et les nouveaux élèves pour aller chez le directeur des Beaux-Arts, qui promit le marbre pour exécuter le tombeau. »

10 Étex s'en prend ici et plus loin, sans jamais le nommer, à Eugène Lequesne qui, certes, n'était pas « le dernier venu » parmi les élèves de Pradier – il avait remporté le premier Prix de Rome dès 1844 – et pour qui Pradier, loin de lui avoir manifesté de l'antipathie, semble avoir eu un grand estime, l'ayant désigné lui-même, dans son testament, son exécuteur testamentaire et tuteur de ses enfants. Rappelons d'autre part qu'en compagnie de Guillaume, Lequesne avait séjourné avec Pradier à Rome pendant plusieurs mois en 1841-1842 (voir la Correspondance de Pradier, éd. D. Siler, Genève, Librairie Droz, 1984, t. II, p. 225 et suiv.).

11 Antoine Étex, J. Pradier. Étude sur sa vie et ses ouvrages par le plus ancien de ses élèves, Paris, chez l’auteur, rue de l'Ouest, 80, (rue Carnot, 2), 1859, pp. 42-45.

12 A.N., F21 482, Marbres, dossier Lequesne. Apostille en haut, à gauche: « Ces Messieurs doivent envoyer un devis et un projet. » Apostille à droite, sous la date: « C'est M. Lequesne qui dirige cette affaire. – Chales [?]. [Autre écriture:] Mr Chales [?], au Dossier des marbres accordés récemment pour le tombeau de Pradier. »

13 Le Musée d'Art et d'Histoire de Genève possède un croquis de Crauk représentant Achille consolé par sa mère Thétis, avec la mention manuscrite suivante: « Croquis d'un envoi de Rome, par Gustave Crauk, adressé à son maît