Vénus dans une coquille, deux statuettes de James Pradier, sources et postérité
par Claude Lapaire
James Pradier compose en 1838 une statuette qu'il intitule « La Naissance de l'Amour ». Il en modèle peu après une autre, connue sous le nom de « Vénus à la coquille ». La première montre Vénus couchée dans une coquille, ayant auprès d'elle le petit Amour qu'elle vient de mettre au monde, la seconde fait voir la déesse enfermée dans une coquille dont elle entrouvre les valves. Partons à la recherche des sources dont le sculpteur aurait pu s'inspirer pour ses deux statuettes et découvrons leur originalité. Puis, nous esquisserons la façon dont d'autres artistes, par la suite, ont traité ce thème.
Aphrodite née de l'écume de la mer. L'Antiquité
Hésiode, dans sa Théogonie, rappelle qu'Aphrodite (Vénus) est née de l'écume de la mer 1. Le nom de la déesse dérive du mot « aphros » qui désigne l'écume marine. Cette écume elle-même aurait été formée à l'époque reculée des Titans, quand Cronos (Saturne), en révolte contre son père Ouranos, le châtra et jeta ses testicules dans l'Océan. Aphrodite sortit de l'onde et, dit Hésiode, « Eros l'accompagnait et le bel Imeros la suivait ». Eros, selon les plus anciens mythes helléniques, ne serait donc pas le fils de Vénus, mais une divinité bien antérieure à celle-ci.
La naissance marine de la déesse de l'amour inspire les artistes depuis l'Antiquité. Pline l'Ancien admirait une uvre d'Apelle de Cos, le plus célèbre peintre de la Grèce ancienne : « Sa Vénus anadyomène, c'est à dire sortant de la mer, a été consacrée par le divin Auguste dans le temple de son père César. Ce tableau a été célébré par des vers grecs qui l'ont surpassé, mais rendu illustre. Sa partie inférieure ayant été endommagée, on ne put trouver personne qui fût capable de la restaurer. [...] Néron le remplaça par un autre de la main de Dorothéus » 2. Cette peinture du IVe siècle avant J.-C. a disparu et seules quelques allusions d'autres écrivains permettent de l'imaginer.
Les textes antiques ne précisent pas si Vénus se tenait sur ou dans une coquille 3. Mais les Anciens associaient la déesse de l'amour à la coquille entrouverte, qui leur suggérait l'image de la vulve (« concha » en latin).
Dès le IVe siècle avant J.-C., des terres cuites montrent la déesse debout, assise ou agenouillée dans une coquille Saint-Jacques aux valves largement ouvertes 4. Un petit vase à parfum sphérique (ill. 1), datant des années 500 avant J.-C., est même composé du moulage d'une véritable coquille Saint-Jacques entièrement close, ayant pour bouchon une tête féminine qui semble bien être celle de Vénus 5.
1. Aryballe, Corinthe, vers 500 avant J.-C.,
Genève, Musée d'Art et d'Histoire, inv. HR 91.
La déesse figure aussi dans des bijoux, tels cette tête d'épingle d'or romaine où on la voit assise sur une coquille 6, et dans de la vaisselle précieuse, dont cette patère romaine en argent (ill. 2) qui épouse la forme d'une coquille, et dans laquelle Vénus assise lace un bandeau dans ses cheveux, assistée de deux Amours qui lui présentent un miroir et un linge de toilette 7.
2. Patère en argent trouvée sur l'Esquilin, IVe siècle,
Paris, Musée du Petit Palais, inv. Dut. 171.
Le thème survit dans un pendentif du VIe siècle après J.-C., formé d'une seule valve de coquille en lapis-lazuli sertie dans une monture d'or (ill. 3), dans laquelle Vénus, à demi drapée, se tient debout et sèche sa longue chevelure 8. Même l'art copte n'ignore pas ce motif dans ses reliefs et ses tissus.
3. Collier avec pendentif, VIe-VIIe siècle,
Washington D.C., Dumbarton Oaks Collection, inv. 28.6.
On ne connaît guère de peintures antiques représentant Vénus dans une coquille sinon des exemples romains assez tardifs, dont la célèbre fresque de la Maison de Vénus à Pompéi (ill. 4). La peinture, sur la paroi sud de l'atrium, montre Vénus nue, couchée dans une large coquille voguant sur les flots. Retenant des deux mains une draperie gonflée par le vent, elle fait avancer son embarcation, tirée par un dauphin qu'un Amour ailé chevauche, tandis qu'un second Amour pousse à l'arrière. Cette fresque cite sans doute une ancienne peinture grecque qui servit également de modèle à d'autres images réalisées dans les provinces romaines, comme en témoigne une mosaïque de Timgad où les Amours semblent porter la coquille dans les airs 9 ou la bordure d'une autre mosaïque romaine d'Afrique du nord (ill. 5) représentant une valve de coquille Saint-Jacques vue d'en haut, dans laquelle Vénus évolue, telle une nageuse 10.
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4. Fresque dans la Maison de Vénus, IIIe siècle, Pompéi.
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5. Mosaïque, IIIe siècle,
Musée archéologiqe d'El Jem (Tunis).
Au contraire des créateurs de céramiques, de bijoux ou de mosaïques, les sculpteurs antiques ne semblent pas s'être intéressés au thème de Vénus dans une coquille. Le fragment d'un sarcophage romain tardif, conservé à la Villa Albani, à Rome (ill. 6), ne garde de ce sujet que la figure féminine, allongée dans les deux valves d'une coquille largement ouverte, entourée d'Amours. L'image est détournée de son sens originel et réduite au portrait d'une dame en train d'écrire.
6. Fragment de sarcophage, IVe siècle,
Rome, Villa Albani.Vénus sortie de l'onde. La Renaissance
Les descriptions anciennes de la peinture d'Apelle stimulèrent l'imagination des humanistes et des artistes de la Renaissance. Pour un membre de la famille Médicis, Sandro Botticelli compose, entre 1484 et 1486, La Naissance de Vénus (ill. 7). Placé dans une villa des collines de Florence jusqu'en 1761, le tableau entra dans les collections du palais Pitti en 1815, avant d'être exposé au Musée des Offices. Il représente la déesse nue, navigant debout sur une coquille que les vents, personnifiés par des Zéphyrs, poussent de leur souffle fleuri vers le rivage. La nymphe Ora se tient dans un bosquet d'orangers, prête à recouvrir la déesse d'un somptueux manteau.
7. Sandro Botticelli, Naissance de Vénus,
Florence, Musée des Offices.Raphaël, très fortement impressionné par la toile de Botticelli, s'en inspira dans Le Triomphe de Galatée, la grande fresque qu'il réalisa à Rome pour la Farnésine, vers 1512 (ill. 8). Les Métamorphoses d'Ovide relatent longuement l'histoire de Galatée, la néréide qui avait dédaigné Polyphème 11, mais ne disent rien de son triomphe maritime imaginé par Raphaël. Debout sur une coquille lui servant d'embarcation tirée par deux dauphins, et mue aussi par une étrange roue à pales, elle est entourée de tritons et d'amours qui lui font cortège.
8. Raphaël, Triomphe de Galatée,
Rome, Villa Farnésine.L'immense succès de la Vénus de Botticelli incita quelques sculpteurs à traduire la figure de la déesse en trois dimensions 12. La tâche était d'autant plus aisée que le peintre s'était lui-même référé à l'une des répliques romaines de l'Aphrodite de Cnide 13. La célèbre statue de Praxitèle, dont la nudité totale avait fait sensation par son audace autant que par sa perfection, avait inspiré les statues et statuettes de femmes nues, debout, qui, dès les débuts de la Renaissance, devinrent l'exercice favori des sculpteurs. Anoblies d'un titre mythologique tel « Vénus sortant du bain », la plupart de ces figures se tiennent non sur une coquille, mais simplement sur le sol 14. Parfois, séchant leur chevelure en levant les bras pour tordre les longues mèches botticelliennes, elles prennent le nom de « Vénus anadyomène » qui avait été donné au tableau d'Apelle.
Nouveaux triomphes de Vénus. Du Maniérisme au Baroque
Le triomphe de Galatée, popularisé par la gravure, stimula l'imagination des artistes qui ne manquèrent pas de rendre à la divine Vénus ce que Raphaël avait emprunté à Botticelli pour sa néréide moins célèbre. S'inspirant de la fresque de la Farnésine, les peintres et les sculpteurs composèrent des Vénus triomphant dans une barque en forme de coquille, voguant au gré des vents qui en gonflent la voile, et accompagnée d'une foule d'êtres marins et célestes, aussi mythiques que turbulents. Dans une gravure de 1524, Dirk Vellert transforme Vénus-Galatée en une allégorie de la Fortune (ill. 9), plantureuse beauté flamande, nue, à la chevelure botticellienne, qui navigue sur une Saint-Jacques minuscule prenant le vent dans une voile carrée accrochée sur un mat faisant aussi office de fanal. Elle guide sa barque avec un gouvernail miniature, tandis qu'Amour lui décoche une flèche 15.
9. Dirk Vellert, Fortuna, gravure, 1524.
Retournant au triomphe de Vénus, un artiste français anonyme des années 1730, modèle Vénus, debout sur une coquille voguant sur les flots, qui retient la voile dans laquelle souffle un Zéphyr voletant dans son dos (ill. 10). Des Amours ailés l'accompagnent et l'acclament 16. Le triomphe est plus éclatant dans une grande toile peinte à Londres en 1760 par Johann Zoffany (ill. 11), d'origine allemande (1733-1810) 17. Une statuette de Jean-Pierre Antoine Taessert (1729-1788), né à Anvers et ayant travaillé longtemps à Paris avant de devenir, à Berlin, en 1755, le sculpteur officiel de Frédéric le Grand, traite le même sujet (ill. 12). L'original, antérieur à 1775, n'est connu que par un croquis ancien 18.
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Cliquez pour agrandir10. Anonyme, Vénus navigant, bronze,
vers 1730, Londres, Wallace Collection, S 195.11. Johann Zoffany, Triomphe de Vénus, 1760,
Bordeaux, Musée des beaux-arts.12. Joseph Chamberlain, dessin d'après une
statuette de Jean-Pierre Antoine Taessert.
Même encore à l'époque de la Restauration, le miniaturiste Jacques Augustin (1759-1832), compose un triomphe de Vénus (ill. 13) tout à fait dans l'esprit baroque 19. Il fait asseoir dans une profonde coquille la déesse qui laisse flotter au vent son manteau et offre une couronne à quelque Dieu. Deux Amours sont embarqués avec elle, dont l'un tire sa flèche sur cette divinité absente.
13. Jacques Augustin, Vénus dans une coquille,
dessin, Paris, Musée du Louvre,
Cabinet des dessins, RF 51882, fol. 61.
Vénus dans une coquille. Le Néoclassicisme
Le thème baroque du triomphe de Vénus est vivifié par la découverte, à Pompéi, vers 1760, de la fresque de la Maison de Vénus 20. En 1769, Piranèse en publie une image simplifiée (ill.14), simulant un relief destiné à décorer le manteau d'une cheminée à l'antique 21. La gravure, et plus encore la connaissance de la fresque originale conservée sur place, suscitent l'enthousiasme. Les artistes du moins ceux établis à Rome admirent cette conception moins théâtrale du sujet. La mise au jour du trésor de l'Esquilin, en 1793, avec une patère en argent en forme de coquille Saint-Jacques ornée de Vénus à sa toilette que vous avons déjà évoquée (ill. 2) 22, vient encore renforcer le désir des artistes de reprendre ce vieux sujet pour bonbonnières rococo dans l'esprit néoclassique.
14. Giambattista Piranesi,
Vénus navigant dans une coquille,
gravure.Le sculpteur suisse Alexander Trippel (1744-1793), établi à Rome depuis 1776, compose un dessin (ill. 15) représentant Vénus allongée dans une coquille 23 . Vaguement inspiré de la fresque pompéienne, ce dessin d'esprit baroque, était-il un projet de sculpture?
15. Alexandre Trippel, Vénus dans une coquille,
dessin, Schaffhouse, Museum zu Allerheiligen.
Le Zurichois Heinrich Keller (1771-1832), arrivé à Rome en 1794 et bientôt chargé de régler la succession de son compatriote Trippel 24, modèle une Vénus accroupie dans une coquille dont elle soulève la valve supérieure. Un marbre 25 porte l'inscription soigneusement gravée« H. KELLER F / ROMAE MDCCC » (ill. 16 et 17). L'ouvrage est mentionné en 1808 26.
16. Heinrich Keller, Vénus à la coquille, marbre,
Zurich, Städtische Kunstsammlung, inv. 14587.
17. Heinrich Keller, Vénus à la coquille, marbre
Zurich, Städtische Kunstsammlung, inv. 14587.
Selon son premier biographe, Keller aurait exécuté de sa statuette sept répliques en marbre et deux en albâtre 27. Un certain Chiarelli, fondeur à Rome, en aurait tiré en outre treize réductions en bronze dont, à ce jour, une seule est connue (ill. 18) 28. Sa base comporte deux dauphins qui s'ébattent aux pieds de la déesse et dont les énormes queues se recourbent derrière la coquille comme pour consolider l'ouvrage. Un exemplaire en porcelaine avec la marque de San Cristoforo 29 , est en tous points semblable à ce petit bronze (ill. 19).
18. Heinrich Keller, Vénus à la coquille,
bronze, Zurich, Kunsthaus, inv. 44.19. Heinrich Keller, Vénus à la coquille,
porcelaine de San Cristoforo, Sèvres,
Musée national de la céramique, 4823-20.
La figure de la déesse dérive de l'antique Vénus accroupie, dont certaines répliques romaines, moins connues que celle de Florence 30, la montrent portant la main droite à son épaule gauche dans un geste de pudeur 31 et d'autres, représentent la déesse s'essuyant après le bain, une main portée sous l'aisselle droite et le bras droit levé au dessus de la tête. Cette dernière version, dont témoignent notamment des marbres au Musée national des Thermes, à Rome (ill. 20) 32 , et au Louvre (ill. 21) 34, ont inspiré à Giambologna 33 de petits bronzes qui ont été souvent copiés par la suite. Le marbre du Louvre, provenant de la collection de Louis XIV, a fait l'objet de nombreux moulages qui, dès le XVIIe siècle, circulaient dans les académies et les ateliers et qui sont encore commercialisés aujourd'hui (ill. 22) 35 . Pour sa Vénus, Keller reprend littéralement, en le réduisant à la dimension de sa statuette, l'un de ces moulages. Il abaisse en outre le bras gauche de la déesse vers le bord de la coquille.
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Cliquez pour agrandir20. Vénus accroupie, marbre, IVe siècle,
Rome, Musée national des Thermes.21. Vénus accroupie,
marbre, Louvre, MA 353.22. Vénus accroupie,
plâtre, maison Lorenzi.
En 1812, il compose une autre Vénus, accroupie dans une coquille aux valves stylisées très largement ouvertes et dont la base est supportée par deux dauphins (ill. 23). La déesse étend les bras pour mieux écarter les deux valves. Amour, sous la forme d'un jeune garçon ailé, vient lui poser un baiser sur la bouche 36.
23. Heinrich Keller, Vénus et Amour,
Londres, marché de l'art.
Un troisième sculpteur suisse, Joseph Maria Christen (1767-1838), venu à Rome de 1788 à 1790 pour y suivre les cours de Trippel, réalisa une Vénus étonnement proche de la première statuette de Keller 37. Comme cette dernière, elle soulève la valve supérieure et deux dauphins nagent à ses pieds (ill. 24). Rentré en Suisse, l'artiste exposa sa Vénus à Berne, en 1804, puis à Paris, en 1808, et enfin à Munich, en 1812. Il élabora aussi une version simplifiée comportant la même figure de Vénus, mais qui se tient sur une seule valve de la coquille, sans les dauphins (ill. 25).
24. Josef Maria Christen, Vénus à la coquille,
plâtre, h: 29 cm, Bâle, coll. part.25. Josef Maria Christen, Vénus à la coquille,
version simplifiée, marbre, h: 33 cm, coll. part.
Les deux Vénus de Keller et de Christen sont presque des surs jumelles. Le jeune Keller avait appris chez Christen le métier de sculpteur entre 1791 et 1794, avant de partir pour Rome. Il date fièrement son marbre de 1800. La statuette de son maître, non datée, lui a-t-elle servi de modèle ou est-elle, au contraire, une réplique de la sienne ? Les deux artistes ont-ils imaginé ensemble leurs Vénus ? Ont-ils échangé des dessins ?
Le sujet était dans l'air. A Rome, les artistes passaient chaque jour devant les fontaines baroques dont les vasques ont souvent la forme d'une coquille. La petite Fontaine des abeilles (Fontana delle Api), érigée par le Bernin en 1644 (ill. 26), se compose d'une immense coquille Saint-Jacques en pierre dont la valve bombée reçoit l'eau que crachent trois abeilles accrochées à la valve plate, dressée verticalement, portant une pompeuse inscription dédicatoire. A l'origine simple abreuvoir dans la Via dei due macelli 38, elle a dû accueillir plus d'une beauté jouant les Aphrodites.
26. Le Bernin, Fontana delle Api, 1644, Rome.
Bertel Thorvaldsen (1768-1844) conçut lui aussi une Vénus dans la coquille qui, certes, ne compte pas au nombre de ses uvres les plus fameuses. Aurait-il eu connaissance des travaux des deux artistes suisses ? Il n'arrive à Rome qu'en 1797, soit bien après le départ de Christen. On dit que Keller, déjà à Rome à partir de 1794, aurait travaillé dans l'atelier de Thorvaldsen. Le Suisse ne figure pourtant pas dans la longue liste des élèves du grand maître 39, mais il a certainement eu des contacts avec lui.
La Vénus de Thorvaldsen est un relief avec la déesse debout dans une coquille aux deux valves complètement ouvertes (ill. 27). A la base de la coquille, nagent deux dauphins. Le petit marbre, exécuté en 1809, se trouvait au château de Putbus, sur l'île de Rügen. Détruit dans un incendie en 1865, il n'est connu que par le modèle original en plâtre, conservé à Copenhague 40, et par un petit dessin préparatoire 41. Carlo Finelli (1785-1853) qui fut longtemps l'un des praticiens du Danois, commercialisa en marbre une variante de cette Vénus (ill. 28) 42.
27. Bertel Thorvaldsen, Vénus dans une coquille,
gravure, Florence, Uffizi, cabinet des estampes.28. Carlo Finelli, Vénus dans une coquille,
marbre, vente Londres, Sotheby's, 29 mai 2008, n° 76.
Nous ignorons à quel moment précis Thorvaldsen s'était intéressé à ce thème. Sans aucun doute pendant ses années romaines et certainement avant 1826, date de la reproduction gravée dans le second catalogue de son uvre. Une autre esquisse (ill. 29) représentant Vénus couchée dans un bivalve avec un Amour qui tente de l'ouvrir plus largement 43, témoigne de l'attention qu'il porta quelque temps à ce sujet.
29. Bertel Thorvaldsen, Naissance de l'Amour, dessin,
Thorvaldsens Museum, inv. Sch A. 3. 87a.
Les jeunes artistes francophones, pensionnaires de la Villa Médicis à l'époque néoclassique, ne restèrent pas insensibles au thème de Vénus dans une coquille qu'ils connaissaient au moins par la fresque de Pompéi et la patère de l'Esquilin ou par leurs gravures. Avaient-ils vu les statuettes de leurs confrères de la colonie germanique ? Celle de Keller circulait à Rome en plusieurs exemplaires et, dans les années 1820, au moins, les Français fréquentaient l'atelier de Thorvaldsen qui, de son côté, montait souvent au Pincio. Il est vrai que le grand Danois avait bien d'autres statues à leur faire admirer que sa petite Vénus à la coquille.
François Gois (1765-1836), prix de Rome en 1791, après avoir exposé au Salon de 1798 une « Vénus sortant du bain » qui sans doute se situait dans la tradition des statues homonymes d'Allegrain et de Falconet, montra à celui de 1819 « Une Nymphe endormie dans une coquille ». Au Salon de 1824, il récidiva avec « Vénus sortant des eaux dans une coquille » dont il présenta le marbre au Salon de 1827. Rappelons que ces ouvrages exposés au Salon, n'étaient pas des statuettes, mais au moins des figures en demi-grandeur.
Jean-Robert Calloigne (1775-1830), prix de Rome en 1807, réalisa en 1808 un marbre représentant Vénus accroupie sur une coquille renversée, haute de 80 cm (ill. 30) 44. Henri Joseph Rutxhiel (1775-1837), prix de Rome en 1808, tailla dans le marbre en 1819 une statue de Pandore (ill. 31). Mais cette beauté nue, debout dans une coquille, est une simple Vénus anadyomène dont seule la boîte cubique qu'elle tient dans sa main droite la désigne comme Pandore. Un monstre, ressemblant à un dauphin à très longue queue se glisse le long de son corps jusque dans la coquille 45.
30. Jean Robert Calloigne,
Vénus assise sur une coquille,
marché de l'art.31. Henri Joseph Rutxhiel, Pandore,
marbre, Aix-en-Provence, Musée Granet,
CC 11, dépôt du Musée du Louvre.
Les jeunes sculpteurs français ont donc écarté de leur centre d'intérêt le thème de Vénus naissant dans une coquille, cher à leurs collègues germaniques, pour s'attacher plutôt à modeler des figures féminines mises en relation avec les formes de la Saint-Jacques.
Au Salon de 1810, le peintre Charles-Paul Landon (1760-1826), prix de Rome en 1792, revient sur le thème baroque du triomphe de Vénus (ill. 32). Son tableau, intitulé « Vénus et l'Amour », fait allusion à la fresque de Pompéi : la déesse, assise dans une coquille et tenant une draperie dans laquelle s'engouffre le vent, est accompagnée par un Amour ailé, assis à ses pieds et qui la regarde d'un air admiratif 46.
32. Charles-Paul Landon, Vénus et l'Amour,
gravure parue dans F. Benoît,
L'art français sous la Révolution et l'Empire, Paris, 1897.
Pradier, La Naissance de l'Amour
C'est tardivement que James Pradier, appartenant à la nouvelle génération de sculpteurs parisiens qui se détachent du néoclassicisme de l'époque impériale et des débuts de la Restauration, aborde, autour de 1840, le thème de Vénus dans une coquille. Il est déjà comblé d'honneurs et de commandes importantes. Depuis 1835, il compose aussi, pour son plaisir, quelques statuettes. Les plus anciennes sont des portraits en pied de membres de sa famille ou d'amis. En 1837, il modèle une Négresse dansant nue en agitant des calebasses, suivie d'un groupe représentant une jeune femme agenouillée, mains jointes, devant son enfant malade.
En 1838, il compose La Naissance de l'Amour, statuette large d'environ 22 cm et profonde d'environ 13 cm. Elle existe en deux versions différant par leur base. L'une, haute de 13 cm a une mince base striée d'ondes (ill. 33 et 34). L'autre, haute de 16 cm a une base moulurée, particulièrement importante, sans stries (ill. 35) 47.
Cliquez pour agrandir33. James Pradier, Naissance de l'Amour,
bronze, Genève, Musée d'art et d'histoire, inv. 1911-71.34. James Pradier, Naissance de l'Amour,
bronze, Genève, Musée d'art et d'histoire, inv. 1911-71.
35. James Pradier, Naissance de l'Amour,
bronze, Paris, coll. part.
Dans une lettre du 15 juillet 1838, le sculpteur écrit à Juliette Drouet: « Remerciez bien, je vous prie, M. V[ictor] H[ugo] [...]. J'ai pensé à lui aussi car [souffrant d'une névralgie] j'ai fait dans mon lit une coquille ouverte dans laquelle est Vénus venant de mettre au monde l'amour. J'attends qu'elle soit moulée pour lui offrir la 1ère épreuve (je veux en faire couler un petit bronze et l'envoyer au duc d'Orléans quand la princesse sera accouchée). » 48
En 1839 déjà, Jules Janin mentionne, parmi d'autres statuettes de Pradier, « cette Vénus dans sa coquille qui allaite l'Amour » dont il a peut-être vu un exemplaire chez l'artiste ou chez un marchand 49. Il affine sa description en 1840 : « Dans une coquille doucement entr'ouverte, la déesse vient de mettre au monde son premier-né, le petit Amour ; l'enfant, dont les ailes poussent à peine, s'attache avec ardeur au sein de sa nourrice. L'idée est charmante, elle suffirait à un beau groupe : M. Pradier en a fait une statuette de quelques pouces » 50. Sans être nommée, La Naissance de l'Amour est reproduite dans le premier volume du grand recueil Les Français peints par eux-mêmes, paru en 1840 (ill. 36). Elle figure au beau milieu des objets d'art et de piété appartenant à une prétendue chanoinesse parisienne 51.
36. La Chanoinesse, gravure parue dans
Les Français peints par eux-mêmes
La statuette a donc acquis très rapidement une certaine notoriété. Elle n'est diffusée d'abord qu'en plâtre. Le 3 septembre 1842, le mouleur D. Fontaine qui travaille alors pour Pradier, fait enregistrer «Une statuette en plâtre par M. Pradier. La Naissance de l'Amour» au service du dépôt légal des estampes et des statuettes. Il peut désormais la commercialiser à son profit. A une date non précisée, sans doute encore du vivant de Pradier, le mouleur Salvatore Marchi, l'édite lui aussi en plâtre et en fait faire une photo stéréoscopique, dans laquelle la statuette est à l'envers. Elle figurera encore dans les catalogues des mouleurs Hébert, en 1864, et de son successeur Bonnet, de 1899 à 1931.
A l'occasion de l'Exposition de l'industrie, à Paris, en 1844, le fondeur Quesnel présente des statuettes produites dans son atelier. Une lithographie donnant à voir quelques-uns de ses bronzes, reproduit, sans en indiquer le titre et sans en mentionner l'auteur, La Naissance de l'Amour de Pradier 52. Est-ce ce bronze de Quesnel qui servit à la manufacture royale de porcelaine de Berlin pour sa reproduction anonyme de La Naissance de l'Amour ? La porcelaine est munie d'une marque en usage entre 1837-1844 53.
Dans une lettre au comte de Cailleux, non datée, le sculpteur lui demande: « Seriez vous assez bon de vous dessaisir de votre petite Vénus à la coquille et de la remettre à Mr Gonon fondeur qui part pour l'Italie et va essayer une petite industrie de bronzes antiques et modernes. Je lui donne quelques statuettes de moi, il fera un moule de la vôtre et dans quelques jours il vous remettra le modèle et une jolie épreuve » 54. S'agit-il, comme nous le croyons, de La Naissance de l'Amour ? Ou Pradier fait-il allusion à une nouvelle statuette, généralement appelée Vénus à la coquille, dont les bronzes aujourd'hui connus sont des tirages posthumes ? Aucun document ne permet de trancher la question. Beaucoup plus tard, la maison Thiébaut offrira dans son catalogue illustré, édité avant 1870, « Vénus à la coquille (Naissance de l'Amour) par Pradier ». Cet énoncé ambigu reflète la confusion qui règne souvent à propos des titres des deux statuettes vénusiennes. Mais c'est bien un bronze de La Naissance de l'Amour qui est reproduit dans le catalogue.
Créée en 1838, cette statuette est exceptionnelle aussi bien dans l'uvre de Pradier que dans la sculpture en général. L'artiste imagine Vénus allongée dans une grande moule entrouverte, voguant sur les flots. Amour, qui vient de naître, déjà muni de petites ailes arrondies, somnole, blotti contre son sein.
Dans les cosmogonies les plus anciennes, et notamment orphiques, Eros est une puissance primordiale qui n'a eu ni père ni mère. Contemporain de Chaos, il surgit d'un uf qui, en se partageant, forme les deux demi sphères de la terre et du ciel. La tradition veut cependant qu'Eros soit né de Vénus et d'un père que les uns disent avoir été Vulcain et en qui d'autres voient Mercure ou Mars. Sa naissance n'est, semble-t-il, pas représentée dans l'Antiquité.
Par contre, les artistes de la Renaissance se plaisent parfois à montrer Amour, nouveau-né, blotti contre Vénus. Une plaque émaillée de Léonard Limosin (vers 1505-1575), datée de 1555 55, figure Vénus, allongée dans un jardin, recevant les caresses d'Amour enfant (ill. 37).
37. Léonard Limosin, Vénus et l'Amour,
émail, Paris, Musée du Louvre, département des objets d'art, MR R274.
On voit à peu près la même scène, augmentée de plusieurs personnages entourant la déesse, sur un plat de grès émaillé attribué à Bernard Palissy (vers 1510-1590) 56 et sur une peinture de l'Ecole de Fontainebleau 57, des années 1560-1565. Toutes ces images de Vénus et du petit Amour reflètent le souvenir de la Vénus couchée du Titien (vers 1490-1576), connue par de nombreuses versions dont certaines montrent un petit Amour, derrière elle, lui relevant la tête 58, et qui inspirèrent tant de peintures italiennes de l'époque maniériste.
Ainsi une toile du Corrège (1489-1534) 59 représente un satyre contemplant Vénus endormie aux côtés du petit Amour ailé (ill. 38). La belle jeune femme a longtemps été considérée comme étant Antiope, convoitée par Zeus métamorphosé en Pan. Très admirée à la Renaissance, l'uvre a inspiré de nombreuses répliques.
38. Le Corrège, Vénus et l'Amour avec satyre,
peinture sur toile, Paris, Musée du Louvre.
Tintoret (1518-1594), dans une peinture conservée à Florence 60, imagine bébé Amour endormi, blotti contre le sein de sa mère couchée laquelle tient un minuscule carquois dans la main gauche (ill. 39). Vulcain lui fait face, agenouillé, effleurant tendrement la tête de l'enfant. Les deux parents se tiennent à même le sol nu, mais sont abrités par une ample tenture qui s'ouvre à droite sur un paysage. Dans le ciel apparaît Mars sur un char de guerre.
39. Tintoret, Vénus, Vulcain et l'Amour,
peinture sur panneau, Florence, Palais Pitti.
Sinon, le thème du petit Amour blotti contre le sein de sa mère allongée est à peu près inconnu. Il ne figure pas dans le cycle de Vénus et l'Amour peint à fresque dans la « stufetta » du cardinal Bibienna, au Vatican, dû à l'atelier de Raphaël (où ne manquent ni Vénus naviguant sur une coquille, ni Vénus et Amour chevauchant des dauphins). Le sujet n'apparaît pas non plus dans les nombreuses peintures relatant l'Education de l'Amour.
Pradier, en situant la naissance d'Amour entre les deux moitiés d'une moule qu'il associe à la vulve, se montre partisan d'une conception de la mythologie très proche de la nature. Il s'en explique partiellement dans une lettre écrite en 1844, au retour d'un de ses séjours sur la côte, dans la baie de Toulon : « Que de choses à dire sur cette naissance de Vénus. D'où vient qu'elle sort de l'onde ? Est-ce à cause de la blancheur de l'écume, les naissances innombrables qu'elle donne, ou plutôt à l'odeur qui quelquefois a rapport au lieu de la grande génération qu'elle représente ?... Nous en causerons plus tard. » 61
Le sculpteur adopte le schéma, archi-connu de son temps, de la fresque de Pompéi en faisant naviguer Vénus couchée dans une coquille. Il a peut-être en tête une figure analogue à la plaque émaillée de Léonard Limosin avec la disposition légèrement incurvée de la déesse nue qui semble préfigurer la sienne, voguant mollement dans la coquille. S'il n'a probablement pas repéré la toile de Tintoret lors de ses visites à Florence, il ne pouvait ignorer celle du Corrège, au Louvre.
Mais toutes ces images sont loin de sa statuette. Il précise expressément l'avoir modelée pendant une crise de névralgie qui le maintenait sinon au lit, du moins dans sa chambre. Elle est née de son imagination, sans aucune référence directe à quelque source iconographique. Elle est l'uvre d'un homme cultivé, capable de convoquer plus ou moins consciemment les souvenirs accumulés au cours de ses voyages et de ses lectures.
Ajoutons qu'en 1838, le sujet de la naissance d'un enfant lui était d'autant plus cher que sa femme Louise avait déjà mis au monde Charlotte (1834) et John (1836) et n'allait pas tarder à accoucher de Thérèse (1839). L'artiste aimait tendrement ses enfants dont il laissa de beaux et émouvants dessins et quelques bustes et statuettes.
Pradier, Vénus à la coquille
La statuette, composée dans les années 1840, montre Vénus, assise dans une coquille Saint-Jacques placée verticalement, dont elle écarte les deux valves. Nue, elle ne porte qu'un long sautoir de perles passé sur l'épaule droite, un deuxième enserrant sa cuisse gauche. Ses cheveux sont ceints d'un diadème. Elle mesure 23 cm de haut. Pradier en a donné deux versions différant par les figures qui accompagnent la coquille. Dans l'une, deux Amours ailés tirent sur les valves de la coquille pour mieux l'ouvrir (ill. 40). Dans l'autre, moins étalée en largeur, deux petits dauphins nagent de part et d'autre de la coquille, sur la base striée d'ondes (ill. 41 et 42) 62.
40. James Pradier, Vénus à la coquille avec Amours, bronze, coll. part.
Cliquez pour agrandir41. James Pradier, Vénus à la coquille avec dauphins,
plâtre, Genève, Musée d'art et d'histoire, inv. 1910-227.42. James Pradier, Vénus à la coquille avec dauphins,
plâtre, Genève, Musée d'art et d'histoire, inv. 1910-227.
Pour préparer cette composition Pradier s'est référé à un dessin 63 représentant Vénus agenouillée, soulevant la valve supérieure de la coquille qui l'abrite et dans laquelle se tiennent aussi deux Amours (ill. 43). Bien que provenant du lot de dessins acquis par la Ville de Genève à la vente après décès de l'artiste, cette feuille ne paraît pas être de la main de Pradier. Nous pensons qu'un de ses collaborateurs aura dessiné pour son patron cette statuette, très proche de celle de Keller.
43. James Pradier, Vénus à la coquille, dessin,
Genève, Musée d'art et d'histoire, inv.185230.
La composition ne plaît pas au sculpteur. Il en mesure le principal défaut : la valve supérieure fait trop d'ombre au corps de Vénus et la façon prosaïque dont elle est soulevée, comme un couvercle de bonbonnière, ne rend pas du tout l'idée d'une naissance naturelle.
La disposition de la Vénus à la coquille de Thorvaldsen (ill. 27), si même il a pu en avoir connaissance, ne lui convient pas d'avantage. Elle place Vénus épanouie à la charnière des deux valves qui, totalement ouvertes, l'entourent d'une sorte de fond circulaire, telle une auréole.
Il avait vu au Salon de 1827 (alors qu'il faisait pour la première fois partie du jury) le marbre de « Vénus sortant des eaux dans une coquille », présenté par Gois et que nous avons évoquée plus haut. L'artiste en avait déjà montré le plâtre au Salon de 1824 et le livret précisait alors « elle est endormie dans une coquille ». Nous n'avons pas retrouvé d'image de cette statue, ignorée des principaux critiques de l'époque. Peut-être dérivait-elle de la fresque de Pompéi. A-t-elle inspiré Pradier ? Pas plus, sans doute, qu'une « Nymphe dans une coquille » montrée au Salon de 1831 par Jean Jacques Feuchère (n° 2225) et dont nous ne savons rien. Au même Salon figurait une « Vénus, statue en marbre » par Dominique Molknecht (n°2230), dont on a dit qu'elle aurait influencé Pradier, alors qu'une gravure 64 montre que la déesse, assise, posait simplement la main droite sur une petite Saint-Jacques.
Par contre, Pradier examine sans doute la gravure d'une terre cuite grecque publiée dans le recueil de Clarac dont les volumes sont dans sa bibliothèque 65. Elle représente Vénus agenouillée sur une haute base circulaire (ill. 44). Deux valves de Saint-Jacques, fixées dans son dos, s'étalent largement de part et d'autre du torse. Mais cette statuette, dont l'original est alors dans une collection privée parisienne, a dû lui paraître ridicule : Vénus a l'air de battre des ailes, comme le ferait un papillon.
44. Gravure parue dans Clarac,
Musée de sculpture antique et moderne, t. 4, pl. 605.
Il élabore donc une disposition nouvelle, absolument inédite. Au dos d'une feuille 66 où figure une esquisse pour l'Odalisque à laquelle il travaille précisément en 1840-1841, il donne une vue frontale de Vénus écartant les valves de la coquille avec l'aide de deux Amours et étudie dans le coin supérieur droit la vue latérale (à peine lisible) du groupe (ill. 45). Ces deux croquis fixent l'ordonnance générale de la statuette que le travail de modelage ne changera pas.
45. James Pradier, Vénus à la coquille, dessin,
Genève, Musée d'art et d'histoire, inv.185251 verso.
Vénus, représentée adulte, apparaît dans l'écrin du coquillage telle une perle rare et désirable. Par le mouvement de ses bras elle n'écarte pas vraiment les deux valves mais s'ingénie à mettre en valeur le galbe de ses seins. La forme fermée contraste avec l'épanouissement en pleine lumière d'une beauté idéale. Peut-être la statuette de Pradier est-elle une réponse ironique à la figure de Satan pensif, enfermé dans ses deux ailes monstrueuses, exposée par Feuchère aux Salons de 1834 et 1835 ?
Le sculpteur avait déjà choisi le thème botticellien de Vénus sortant de l'eau pour une petite peinture murale décorant la villa La Malgue, près de Toulon, appartenant à son ami le Dr Cloquet chez lequel il séjourna à plusieurs reprises. Aujourd'hui disparue, elle montrait « au-dessus de la cheminée, dans un trumeau, une Amphitrite sortant de l'onde sur sa coquille, et suivie de deux petits tritons » 67 .
Pradier compose la figure de Vénus en se souvenant de la Vénus accroupie de Florence, mentionnée plus haut à propos de Heinrich Keller. Il s'y était vivement intéressé pour Vénus et l'Amour, présentée au Salon de 1836. Mais il l'interprète ici plus librement : la forme ovoïde de l'habitacle dicte la position des jambes repliées de Vénus qui est ainsi presque assise, et délimite également le mouvement des deux bras levés.
Au contraire de La Naissance de l'Amour, Vénus à la coquille n'a été que rarement éditée. Salvatore Marchi en avait vraisemblablement le droit de reproduction en plâtre avant la vente après décès de Pradier, au cours de laquelle elle est proposée avec « le droit de reproduction en bronze seulement ». Dans les années 1860, Marchi reproduit dans ses albums de présentation la version avec les deux Amours dont il vend aussi de grandes photos et des vues stéréoscopiques. Des bronzes anonymes, posthumes, sont actuellement sur le marché. De la version avec les dauphins, seul le chef-modèle en plâtre est conservé.
Vénus dans la coquille. Après Pradier
La Naissance de l'Amour (ill. 33-35) est restée pratiquement sans postérité bien qu'elle ait été largement diffusée par l'édition. Les sculpteurs semblent ne pas l'avoir copiée. Les peintres, par contre, ne l'ont pas ignorée. Elle a fourni à Manet la composition de Jeune femme étendue en costume espagnol, peinte en 1862 68. Manet a représenté l'une des danseuses du Ballet espagnol venue poser dans son atelier (ill. 46), allongée sur un canapé muni d'un haut dossier latéral qui l'enveloppe, telle la coquille de Pradier. Comme dans celle-ci, la jeune femme croise les jambes, s'accoude nonchalamment pour toucher le rebord de son lit et passe son autre bras autour de la tête. Bernard Dorival a démontré que le peintre a utilisé une gravure inversée de La Naissance de l'Amour, publiée en 1840 69.
46. Edouard Manet, Jeune femme étendue en costume espagnol,
huile sur toile, New Haven, Yale University Art Gallery.
L'étrange organisation de la grande toile de Manet, antérieure d'une année à Olympia, semble avoir frappé Henri Rousseau qui, dans Le Rêve (ill. 47), colle au beau milieu de la jungle sa belle amie sur un canapé de velours qui l'enserre dans ses formes arrondies telle une coquille 70. Sans le savoir peut-être, le Douanier retrouve, à travers Manet, quelque chose et pas seulement la nudité de la statuette de Pradier.
47. Henri Rousseau, Le Rêve, 1910, New York, The Museum of Modern Art.
Vénus à la coquille (ill. 40-42) n'a eu qu'une brève postérité. Un plâtre de la statuette de Pradier est surmoulé par une manufacture anglaise non identifiée pour en faire une édition bon marché en « parian ware ». Celle-ci mesure 24 cm de haut, y compris une haute base circulaire moulurée disproportionnée comportant une frise de dauphins (?) en relief 71.
Un bronze, représentant Vénus assise, navigant dans la valve bombée d'une Saint-Jacques en tenant une voile dans laquelle s'engouffre le vent, tandis que deux dauphins nagent aux côtés de la coquille, figurait parmi les travaux du fondeur Quesnel présentés à l'Exposition de l'industrie, à Paris, en 1844 72. L'ouvrage, dont l'auteur n'est pas mentionné, s'inspire à la fois de la Vénus à la coquille de Pradier et de celle de Keller, tout en remplaçant la valve supérieure par une voile (ill. 48).
48. Inconnu, Vénus dans une coquille, lithographie, 1844.
Par contre la statuette de Keller a eu plus de succès. Une imitation en surmonte une pendule reproduite dans le Catalogue des modèles en bronze d'art et plastique pour pendules et ameublements [...] Maison Susse Frères, Paris, s. d. [1860], où elle est dite « par Flatters » (ill. 49, bronze, h: 16 cm) 73. Un bronze, cette fois anonyme, couronnant une pendule Napoléon III lourdement ornée dans le style néobaroque, est apparu récemment sur le marché (ill. 50) 74. On retrouve la statuette, à peine modifiée, dans le catalogue de la manufacture de terres cuites de Lauritz Hjorth (1834-1912), établie à Rønne, Bornholm (Danemark), plus particulièrement spécialisée dans les reproductions d'antiques et d'uvres de Thorvaldsen 75.
Cliquez pour agrandir49. Catalogue de la Maison Susse
avec Vénus à la coquille par Flatters.50. Vénus à la coquille, bronze,
marché de l'art.
La statuette de Keller ou plus probablement l'une de ses copies, sert à Alexandre Falguière (1831-1900) pour sa « Nymphe à la coquille » 76. Il en reprend la composition, jusqu'à l'échancrure marquant la jonction des deux valves et la position de la déesse (ill. 51). Mais il imprime à sa terre cuite la vivacité d'une esquisse spontanée.
51. Alexandre Falguière, Vénus à la coquille,
Lyon, Musée des beaux-arts, inv. B 1508.
Edouard Fiers (1822-1894) compose Amour à la coquille, dont il existe un bronze daté de 1859 77. Il imagine Amour nu, allongé seul dans une coquille Saint-Jacques, posée sur le dos d'un gros dauphin (ill. 52). La statuette, d'un néo-baroquisme appuyé, décline à sa manière Vénus à la coquille de Pradier.
52. Edouard Fiers, Amour dans la coquille,
bronze,Ypres, Stedelijik Museum.
Antoine Bourdelle (1861-1929) réalise en 1927 une petite Vénus assise dans une coquille, les bras ouverts, telle une orante primitive (ill. 53). Derrière elle surgit le torse d'un ange sévère qui n'a de l'Amour que les ailes. Frontale et hiératique, cette statuette compacte, rudement modelée, a fait l'objet d'une édition en bronze 78.
53. Antoine Bourdelle, Naissance de Vénus,
bronze, Paris, Musée Bourdelle.
Par deux fois, en 1930 et en 1932, Henri Matisse (1869-1954) modèle Vénus à la coquille 79. Il compose une déesse assise dans une coquille, le torse redressé, tenant ses mains derrière la tête (ill. 54 et 55). D'un point de vue iconographique, ses deux statuettes ne se distinguent guère d'une femme à sa toilette, comme celles que peint Degas dans ses « Femmes au tub ». Mais le sculpteur, tendant presque à l'abstraction, stylise les formes, les réduisant à l'essentiel.
Cliquez pour agrandir54. Henri Matisse, Vénus à la coquille,
bronze, 1930, Nice, Musée Matisse.55. Henri Matisse, Vénus à la coquille,
bronze, 1932, Nice, Musée Matisse.
Il n'est pas dans notre intention de retracer la postérité de la fresque de Pompéi et encore moins de compiler une iconographie de la coquille dans l'art. Quelques exemples encore de Vénus dans une coquille serviront à montrer comment ce thème a longtemps poursuivi les artistes.
La Naissance de Vénus d'Odilon Redon (1840-1916) est datée de 1912 80. La déesse y apparaît, telle Vénus anadyomène, debout dans la nacre étincelante d'une coquille d'huître (ill. 56). Mêlant l'image d'une divinité auréolée de gloire à celle, très profane, de la vulve à travers laquelle la déesse est mise au monde, Redon suggère l'univers marin et céleste d'Aphrodite par un jeu subtil de couleurs qui, sans définir tout à fait les formes, les projette dans un chaos en train de s'organiser.
56. Odilon Redon, Vénus dans une coquille,
huile sur toile, anc. coll. Jan Woodner.
Salvador Dali (1904-1983) compose en 1956 une grande toile restituant la partie centrale de la Naissance de Vénus de Botticelli, mais en ne montrant de la déesse que son torse, directement repris d'une des versions de l'Aphrodite de Cnide 81. Le sujet lui avait déjà inspiré l'extraordinaire pavillon qu'il avait conçu pour la World's Fair de 1939 à New York, intitulé Dream of Venus et dans lequel nageaient des Vénus botticelliennes à têtes de lézard. La même année, pour le ballet « Bacchanale », joué par les Ballets russes au Metropolitan Opera, il avait imaginé un gigantesque cygne dont les flancs s'ouvraient comme une caverne, pour donner naissance à une Vénus triomphante 82.
Claude Bérard, explorant la permanence du thème de la femme dans une coquille chez certains artistes contemporains 83, remarque que ceux-ci sont plus nombreux qu'on ne pourrait le penser à amalgamer des corps féminins et plus particulièrement leur sexe à des coquilles ou à les enfermer dans les méandres de celles-ci. Nous ne dévoilerons pas ici ces nouveautés d'un érotisme appuyé.
La symbolique de la coquille abritant un personnage
La coquille Saint-Jacques, souvent utilisée pour les rites baptismaux, est présente dès l'Antiquité sur les monuments funéraires. Elle orne nombre de sarcophages romains (ill. 6) et paléochrétiens et encadre plus d'une tête de défunt sur les tombes médiévales. Aux XVe et XVIe siècles, elle devient pratiquement un motif obligé en architecture, en sculpture et en peinture, n'ayant généralement qu'une fonction ornementale, dépourvue de sens précis. En Italie, elle est souvent associée à l'image de la Vierge, considérée comme celle qui donna naissance à la perle divine qu'est le Christ. Dans le baptistère de Florence, Donatello et Michelozzo ont sculpté vers 1426, au registre supérieur du tombeau de Jean XXIII, une somptueuse coquille dans laquelle figure le buste de la Vierge à l'Enfant (ill. 57). Parmi tant d'autres représentations de cette coquille virginale, celle peinte à Urbino par Piero della Francesca autour de 1472-1474 pour Federico de Montefeltro 84, abrite la Vierge à l'Enfant entourée de saints (ill. 58). Etrangement placée à l'envers dans la niche, une chaînette d'or y est fixée, à laquelle est suspendu un uf d'autruche, objet rarissime à l'époque et lui aussi assimilé à la virginité mariale.
Cliquez pour agrandir57. Donatello, tombeau de Jean XXIII,
Florence, Baptistère.58. Piero della Francesca, Sacra conversazione,
Milan, Pinacoteca di Brera.
A la Renaissance, des coquillages naturels pouvaient tapisser les parois d'une grotte creusée dans un parc, dont l'exemple le plus célèbre se voit dans les jardins Boboli à Florence, aménagée entre 1583 et 1588 par Bernardo Buontalenti. Entre les stalactites fictives et les incrustations de toutes sortes surgit, au milieu d'une vasque dans laquelle peut-être elle se baignait, Vénus, debout, s'appuyant sur une urne, la célèbre statue en marbre de Giambologna. L'analogie entre la grotte et la coquille presque fermée qui servent d'habitacle à une Vénus nue est évidente.
Annette Stott a récemment étudié un thème connexe à celui de Vénus dans une coquille, celui des monuments funéraires d'enfants, représentés dans une coquille 85. Se limitant aux cimetières de l'Amérique du Nord, elle a répertorié un grand nombre de tombes réalisées entre 1870 et la Première guerre mondiale, représentant des enfants couchés dans leur dernier sommeil, abrités par la valve supérieure d'une coquille Saint-Jacques (ill. 59).
59. Anonyme, tombe de Ethel Lee Marshall,
vers 1880. Denver,
Elle aurait pu évoquer aussi les portraits de femmes ou d'enfants encadrés par une coquille, ayant sans doute, eux aussi, une signification funéraire, tel le buste en marbre conçu par Félicie de Fauveau (1802-1886) d'une enfant dont la tête angélique irradie au milieu des côtes d'une Saint-Jacques (ill. 60) qui lui dessinent une sorte d'auréole 86.
60. Félicie de Fauveau, Buste d'enfant,
marbre, Toulouse, Musée des Augustins.
Moulage sur la nature ou modelage d'après la nature ?
Depuis l'antiquité, les sculpteurs pratiquent parfois le moulage sur nature (ill. 1). Les artistes de la Renaissance se sont particulièrement intéressés à mouler des serpents, des lézards, des insectes et des crustacés dont les tirages en bronze ou en plomb étaient et sont encore très appréciés.
Mais la plupart des coquillages représentés dans les statuettes de Vénus sont plus grands que ceux qu'on trouve dans la mer et beaucoup sont fortement stylisés. En ce qui concerne les deux ouvrages de Pradier, M. Yves Finet, conservateur au Muséum d'histoire naturelle de Genève, spécialiste des mollusques, que nous remercions vivement de son examen, est formel.
Vénus à la coquille est faite de l'assemblage artificiel de deux valves inférieures bombées de pecten maximus, dite coquille Saint-Jacques, un mollusque bivalve qui dans la nature mesure 10 à 15 cm de diamètre et est constitué d'une valve supérieure, plate et pourvue de côtes, reliée à une valve inférieure bombée. Si la dimension des valves des deux Saint-Jacques de Pradier, d'environ 20 cm de diamètre, les distingue nettement d'un vrai coquillage, leur forme et leur texture, par contre, sont rendues avec soin.
La Naissance de l'Amour, large de 21,5 cm, reproduit mytilus medulis, un mollusque bivalve bien connu sous le nom de moule, qui dans la nature mesure entre 3 et 14 cm de large. La statuette, n'est donc pas le moulage d'une vraie moule commune. Pradier l'a considérablement agrandie et en a de plus modifié la forme, accentuant la symétrie de ses extrémités qui n'existe pas dans la nature. Ici encore, le sculpteur s'est attaché à traduire la texture du coquillage avec délicatesse.
CLAUDE LAPAIRE
(mis en ligne le 20 juin 2009)
Notes
1 Hésiode, Théogonie, 190-206.
2 Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 91-92.
3 Brève mention dans Plaute, Rudens, 704.
4 Lexicon iconographicum mythologiae classicae, Zurich : Artemis, 1984, vol. II, fig. 1011-1015, 1017, 1183-1184.
5 Genève, Musée d'art et d'histoire, inv. HR 91. Jacques Chamay, « Aphrodite naissant de la coquille », in : Genava, XXXVIII, 1990, pp. 81-85, fig. 3.
6 Lexicon iconographicum mythologiae classicae, Zurich : Artemis, 1984, vol. II, fig. 1038.
7 Paris, Musée du Petit Palais, inv. Dut. 171.
8 Washington D.C., Dumbarton Oaks Collection, inv. 28.6.
9 Lexicon iconographicum mythologiae classicae, Zurich : Artemis, 1984, vol. III, fig. 596.
10 Musée archéologique d'El-Jem, Tunisie.
11 Ovide, Métamorphoses, XIII, 738-897.
12 Un sculpteur de l'entourage de Jean Goujon composa un petit bas-relief en pierre d'après la Vénus de Botticelli. Paris, Musée du Louvre, MR 1732.
13 Cependant, ni la Vénus du Capitole, ni la Vénus Médicis qui dérivent de la cnidienne n'avaient encore été découvertes quand le tableau fut peint.
14 Avec quelques exceptions, tels un petit bronze d'Adriano Fiorentino (vers 1450-1499) au Philadelphia Museum of Art ou un grand marbre des Musées royaux d'art et d'histoire de Bruxelles, attribué à un maître flamand du XVIIIe siècle. Un bronze de l'Antico, du début du XVIe siècle, montre deux valves de coquille gisant aux pieds de Vénus.
15 Claude Bérard, « Modes de formation et modes de lecture des images divines : Aphrodite et Isis à la voile », in : Actes du colloque sur les problèmes de l'image dans le monde méditerranéen classique, Rome : Bertschneider, 1985 (Archaelogica, 61), fig. 6.
16 Londres, Wallace Collection, S 195. Bronze, h : 26 cm.
17 Bordeaux, Musée des beaux-arts
18 Dessin de Joseph Chamberlain reproduit dans Falconet à Sèvres, catalogue d'exposition, Sèvres, Musée national de la céramique, 2001, p. 43, fig.1.
19 Paris, Musée du Louvre, cabinet des dessins, RF 51882, fol. 61.
20 Delle Anticità di Ercolano, Pitture, Naples : Regia stamperia, 1767-1771, vol. IV, pl. 3.
21 Giambattista Piranesi, Diverse maniere d'adornare i cammini et ogni altra parte degli edifizi, Rome, 1769, pl. 4.
22 Elle ne fut publiée que plus tard dans la Lettera di Ennio Visconti intorno ad un antica suppelletile d'argento scoperta a Roma nell'anno 1793, Rome, 1827.
23 Catalogue de l'exposition Alexander Trippel, Schaffhouse, Museum zu Allerheiligen, 1993, n° 55, désigné comme « Thetis, in der Muschel fahrend ». Dieter Ulrich, « Trippel, Alexander », in: Biografisches Lexikon der Schweizer Kunst / Dictionnaire biographique de l'art suisse, t. 2, Zurich / Lausanne: Institut suisse pour l'étude de l'art, 1998, pp. 1047-1049.
24 Dieter Ulrich, « Keller Heinrich », in: Biografisches Lexikon der Schweizer Kunst / Dictionnaire biographique de l'art suisse, t. 1, Zurich / Lausanne: Institut suisse pour l'étude de l'art, 1998, pp. 556-557.
25 Zurich, Städtische Kunstsammlung, inv. 14587. Hauteur : 48 cm. Base moderne.
26 Guiseppe Antonio Guattani, Memorie enciclopediche romane sulle belle arti, antichità [etc...], Rome : Salomoni, vol. III, 1808, p. 82.
27 Anonyme, Leben und Charaketeristik des Bildhauers Heinrich Keller aus Zürich, in: Neujahrsstück herausgegeben von der Künstler-Gesellschaft in Zürich, 35, 1839 (27 pages). Sert de source à: Bernhard Wyss, Heinrich Keller, der Zürcher Bildhauer und Dichter, Frauenfeld: Huber, 1891, p. 29.
28 Zurich, Kunsthaus, inv. 44. Hauteur: 24 cm. Non signé.
29 Sèvres, Musée national de la céramique, 4823-20. Non signé, h : 21 cm. La manufacture milanaise de San Cristoforo est active de 1840 à 1896. Un membre de la famille Keller, propriétaire de plusieurs de ses uvres, habitait alors Milan.
30 Florence, Musée des Offices, inv. n 188.
31 Paris, Musée du Louvre, inv. Ma 2240, provenant de l'ancienne collection Borghèse.
32 Visible, à l'époque de Keller, dans la collection Ludovisi.
33 Florence, Musée du Bargello.
34 Paris, Musée du Louvre MA 353.
35 Par exemple par la maison Lorenzi à Arcueil. La fonderie de Val d'0sne l'a éditée en fer.
36 Bronze, h : 24 cm, vente Londres, Christie's, 8 décembre 1981, n° 254. Signé et daté H. KELLER. INV. ET FEC. MDCCCXII ». Un autre exemplaire Cambridge, Fitzwilliam Museum, inv. M 37-1997. Non signé.
37 Dieter Ulrich, « Christen, Joseph», in: Biografisches Lexikon der Schweizer Kunst / Dictionnaire biographique de l'art suisse, t. 1, Zurich / Lausanne: Institut suisse pour l'étude de l'art, 1998, p. 216. Les deux sculptures sont reproduites dans Hans von Matt, Joseph Maria Christen, sein Leben, sein Werk und seine Zeit, Lucerne : Schilling, 1957, pl. 16 et 22.
38 Aujourd'hui à l'angle de la Piazza Barberini et de la Via Veneto.
39 Harald Tesan, Thorvaldsen und seine Bilhauerschule in Rom, Cologne : Böhlau, 1998.
40 Copenhague, Thorvaldsens Museum, inv. A 348. Nous reproduisons la gravure publiée par Angelo Carnevalini, Collezione di alcune statue [etc...], Rome, 1826, pl. 24. Jorgen Birkedal Hartmann, « Alcune inedite italiana di Bertel Thorvaldsen », in : Analecta Romana Instituti Danici, 2, 1962, pp. 113-150, fig. 15.
41 Florence, Uffizi, cabinet des estampes. Hartmann, fig. 13.
42 Vente Londres, Sotheby's, 29 mai 2008, n° 76, h : 55,5 cm.
43 Copenhague, Thorvaldsens Museum, inv. Sch A. 3. 87a. Hartmann, fig. 16.
44 La sculpture belge au XIXe siècle, catalogue d'exposition, Bruxelles, 1990, vol. II, p. 316, fig. 9.
45 Aix-en-Provence, Musée Granet, CC 11, dépôt du Musée du Louvre.
46 Nice, Musée des Beaux-Arts, dépôt de l'Etat. Gravure de Landon, reproduite dans F. Benoît, L'art français sous la Révolution et l'Empire, Paris, 1897, fig. 31, p. 381.
47 Bibliographie: Guillaume Garnier, James Pradier, thèse (inédite) de l'Ecole nationale des Chartes, 1978, n° 192. Statues de chair. Sculptures de James Pradier (17901852), catalogue d'exposition, Genève, Musée d'art et d'histoire, 1985 / Paris, Musée du Luxembourg, 1986, n° 86 et Répertoire n° 315. The Color of Sculpture, 18401910, catalogue d'exposition Amsterdam, Van Gogh Museum, 1996, n° 6. Ekkehard Mai, «Entmythologisierung und Allegorie. Überlegungen zur Venus-Olympia von Cabanel bis Cézanne», in: Kunsthistorisches Jahrbuch Graz, 27, 2000, pp. 112-131, fig. 8.
48 Lettre inédite aimablement communiquée par Douglas Siler.
49 Jules Janin, « Le Salon de 1839. Sculpture », in : L'Artiste, 2e série, II, 1839, pp. 301311.
50 Jules Janin, « Le Salon de 1840 », in : L'Artiste, 2e série, V, 1840, pp. 270.
51 Elias Regnault, «La chanoinesse», in: Les Français peints par eux-mêmes. Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle, t. 1, 1840, pp. 193200. La lettrine p. 193 reproduit en outre une autre statue de Pradier.
52 Jules Burat, Exposition de l'industrie française, année 1844. Description méthodique, Paris: Challamel, 1844.
53 Berlin, coll. de la manufacture royale de porcelaine. Sans le nom de l'artiste. Reproduit par E[rich] Köllmann, Berliner Porzellan, 17631963, t. 2, Berlin: Klinkhardt & Biermann, 1966, fig. 224 a et b.
54 Lettre aimablement communiquée par Douglas Siler.
55 Paris, Musée du Louvre, département des objets d'art, MR R274, longueur : 26 cm.
56 Paris, Musée du Louvre.
57 New York, Metropolitan Museum, inv. 41.48.
58 Accompagnées ou non d'un organiste se retournant pour contempler la nudité de la déesse.
59 Paris, Musée du Louvre, 188x125 cm, vers 1528.
60 Florence, Palais Pitti.
61 James Pradier, Correspondance, textes réunis, classés et annotés par Douglas Siler, t. 3 (18431846), Genève: Droz, 1988, p. 82.
62 Bibliographie: Claude Lapaire, «La sculpture genevoise au XIXe siècle», in : Musées de Genève, 150, novembredécembre 1974, pp. 2-19, fig. de la couverture. Garnier, 1978, n° 191. Statues de chair, 1985, n° 92 et 108, Répertoire n° 335 . James Pradier Correspondance III, 1988, p. 84, n. 9. Jean-Louis Ferrier (sous la direction de), L'aventure de l'art au XIXe siècle, Paris: Chêne-Hachette, 1991, p. 445.
63 Genève, Musée d'art et d'histoire, inv.185230.
64 Reproduite dans Garnier, op. cit. note 47, pl. CXCII, sans autre information.
65 Charles Clarac, Musée de sculpture antique et moderne, tome 4, Statues, Paris : Texier, 1836, planche 605.
66 Genève, Musée d'art et d'histoire, inv.185251 verso.
67 Selon une description parue en 1926, reproduite dans James Pradier, Correspondance, textes réunis, classés et annotés par Douglas Siler, t. 3 (18431846), Genève: Droz, 1988, p. 84, n. 9.
68 New Haven, Yale University art Gallery. Denis Rouart et Daniel Wildenstein, Edouard Manet. Catalogue raisonné, t. 1: Peintures, Lausanne: La Bibliothèque des arts, 1975, n° 59.
69 Bernard Dorival, «Quelques sources méconnues de divers ouvrages de Manet. De la sculpture gothique à la photographie», in : Bulletin de la société d'histoire de l'art français, 1975, pp. 315-340. Reproduit la gravure de Régnault (fig. 53) sans identifier l'auteur de la statuette.
70 New York, The Museum of Modern Art. Exposé au Salon des Indépendants en 1910.
71 Vendue sur ebay le 18 juillet 2005. Voir Forum Pradier, Ventes 2005.
72 Jules Bur, Exposition de l'industrie française, année 1844. Description méthodique, Paris: Challamel, 1844, tome II, planche II.
73 Jean-Jacques Flatters (1786-1845), concurrent malheureux de Pradier pour le Prix de Rome en 1813 et pour l'Institut en 1825 et 1826.
74 Vente à Granville, Maîtres Fattori et Rois, hôtel des ventes de la Baie, 15 octobre 2006, n° 183.
75 Catalogue de la Terracottafabrik Hjorth, 1916, n° 538, Naissance de Vénus, « antik », 24 cm de haut. Aimablement signalé par Douglas Siler.
76 Lyon, Musée des beaux-arts, inv. B 1508. Signée « AF », non datée, h : 25 cm . Ancienne collection du critique d'art Yvanohé Rambosson.
77 Ypres, Stedelijik Museum. La sculpture belge du XIXe siècle, catalogue d'exposition, Bruxelles, 1990, p. 75, fig. 49.
78 Paris, Musée Bourdelle, bronze, h : 21 cm.
79 Bronze, 31 et 33,7 cm de haut. Nice, Musée Matisse. Henri Matisse, Sculptures et gravures, catalogue d'exposition Berne, Kunstmuseum, 1990, n° 60 et 63.
80 Huile sur toile, 143 x 62 cm. Ancienne collection Jan Woodner. Odilon Redon, catalogue d'exposition, Lausanne, Musée de l'Hermitage, 1992, n° 40.
81 Intitulée « Chair de poule rhinocérontique ». Huile sur toile, 93 x 60 cm. Ancienne collection B. Pagliani. Robert Descharnes, Salvador Dali, Lausanne, Edita, 1984, p. 350.
82 Des photos anciennes en sont reproduites dans Descharnes, op. cit. pp. 225, 229-230.
83 Claude Bérard, «Femme coquille», in: Florilegium. Scritti di storia dell'arte in onore di Carlo Bertelli, Milan: Electa, 1995, pp. 14-17.
84 Milan, Pinacoteca di Brera.
85 Annette Stott, "The Baby-in-a-Half-Shell; A Case Study in Child Memorial Art of the Late Nineteenth Century", in: 19thc-artworldwide.org, Autumn 2008, 16 pages.
86 Toulouse, Musée des Augustins, marbre, h : 43 cm, acquis en 2007.
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